Syndrome de l’œil sec: la piste des prostaglandines lacrymales ?

La sécheresse oculaire qui est une composante essentielle du syndrome de l’œil sec (SOD) est un grand motif de consultation à la fois en médecine générale et en ophtalmologie. Sa prévalence est corrélée à l’âge au point de concerner environ 15 % des sujets âgés de plus de 65 ans. La pathogénie du SOS par essence multifactorielle implique à la fois la surface oculaire et les larmes. Les traitements sont multiples et leur efficacité variable dépend des mécanismes pathogéniques qui sont désormais mieux connus, les larmes étant sécrétées en quantité insuffisante tout en s’évaporant plus qu’il ne faut.

Le médicament qui soulagerait tous les symptômes du SOS chez le maximum de patients sans coup férir reste à découvrir et, à cet égard, les résultats d’une étude transversale méritent d’être rapportés. L’hypothèse qui en est à l’origine est des plus simples : existe-t-il une relation entre les taux de prostaglandine E2 (PGE2) dans les larmes et la sévérité des signes et symptômes en rapport avec un SOS ?

Pour répondre à la question, des échantillons lacrymaux ont été prélevés chez 36 patients (âge moyen de 50 ans environ ; sexe féminin : 26/36) d’une forme supposée idiopathique du dit SOS (tout syndrome sec de Gougerot-Sjögren étant soigneusement exclu). Tous les participants ont rempli un questionnaire spécifique type OSDI (Ocular Surface Disease Index) et ont subi un examen ophtalmologique complet qui a inclus  notamment : (1) une mesure du temps de rupture du film lacrymal ou TBUT (tear film breakup time) ; (2) un test de Schirmer ; (3) un test à la fluorescéine ; (4) une évaluation de la fonction des glandes de Meibomius spécialisées dans la production du film lacrymal. Les concentrations lacrymales de PGE2 ont été mesurées par dosage immuno-enzymatique. Les relations entre ces dernières et les variables précédentes ont été évaluées au moyen d’analyses par régression linéaire.

Les concentrations lacrymales en PGE2 ont été estimées en moyenne à 537,85 ± 234,02 pg/ml. Elles ont été positivement et étroitement corrélées aux scores atteints dans le questionnaire (r = 0,608, p < 0,001). En revanche, aucune corrélation significative n’a impliqué les tests précédemment évoqués, qu’il s’agisse du TBUT, des scores au test de Schimer ou à la fluorescéine ou encore du dysfonctionnement plus ou moins marqué des glandes de Meibomius.

Les concentrations lacrymales en PGE2 sont significativement et positivement corrélées à la sévérité des symptômes du SOS, ce qui ne permet pas d’évoquer le moindre lien de causalité. Ce taux de PGE2, qui peut résulter du syndrome et non être en cause, peut difficilement constituer une piste thérapeutique, d’autant qu’il n’est pas associé aux troubles fonctionnels qui participent à sa pathogénie et à son expression paraclinique. Pour y voir plus clair dans le mystère des prostaglandines lacrymales, au demeurant propre au SOS, d’autres études s’imposent.

Dr Philippe Tellier

Référence
Lekhanont K et coll.: Association between the levels of prostaglandin E2 in tears and severity of dry eye. Int J Ophthalmol. 2019 ; 12(7) : 1127-1133.

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