Syndrome des jambes sans repos, un nouveau facteur de risque cardiovasculaire

John Winkelman et son équipe du laboratoire du sommeil de la Harvard Medical School à Boston, s’intéressent depuis plusieurs années au syndrome des jambes sans repos (SJSR). Partant du constat que certaines études épidémiologiques de petite envergure et n’utilisant pas les critères diagnostiques classiques du syndrome des jambes sans repos, ont laissé soupçonner une relation entre morbi-mortalité cardiovasculaire et SJSR, ils ont entrepris, pour vérifier ces observations, une étude plus large qui a inclus 3 433 personnes (1 579 hommes et 1 874 femmes âgés en moyenne de 67,9 ans) enrôlés dans la Sleep Heart Health Study, enquête prospective destinée à évaluer les conséquences des troubles du sommeil.

 Le SJSR était défini par une réponse positive aux quatre questions d’un questionnaire spécifique, et la présence de symptômes survenant au minimum cinq fois par mois et occasionnant un inconfort certain. Au total, 6,8 % des femmes (n=128) et 3,3 % des hommes (n=51) ont été identifiés comme souffrant formellement d’un SJSR.  Parallèlement, les auteurs ont évalué la prévalence des coronaropathies définies par la présence d’un angor, d’un infarctus ou d’une procédure de revascularisation. Dans le même temps, les accidents vasculaires cérébraux et les épisodes d’insuffisance cardiaque ont également été relevés.

In fine, et après ajustement en fonction de l’âge, du sexe, de la race, de l’IMC, de la présence d’un diabète, d’une hypertension systolique ou de la prescription d’un anti-hypertenseur, d’une hypercholestérolémie ou d’un tabagisme, il a été constaté que le risque de coronaropathie est multiplié par 2,05 (IC 95: 38-3,04) et celui d’une autre affection cardiovasculaire par 2,07 (1,43 to 3,00) en cas de SJSR. Cette association est encore plus formelle chez les patients qui présentent 16 épisodes ou plus par mois et chez ceux qui sont les plus handicapés par ce trouble.

Pour expliquer ce fait, les auteurs arguent de la relation formelle entre mouvements périodiques des jambes durant le sommeil et élévation de la pression artérielle et du rythme cardiaque. Mais on ne peut exclure l’importance de la mauvaise qualité du sommeil (et des réveils nocturnes, plus particulièrement lorsqu’ils dépassent 30 minutes par épisode) dans la genèse du risque cardiovasculaire. Dans cette optique, on ne peut passer sous silence deux études récentes qui ont montré une relation génétique entre SJSR et migraine (Cephalalgia 2007;27:1255-60) et entre SJSR et risque de décès chez le transplanté rénal (Am J Kidney Dis 2007;50:813-20).

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Référence
Winkelman J et coll. Association of restless legs syndrome and cardiovascular disease in the Sleep Heart Health Study. Neurology 2008 Jan 1;70(1):35-42

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