Testostérone et sexualité des seniors : ça marche !

Le New England Journal of Medicine (NEJM) publie ces jours-ci les résultats d’un essai qu’il n’est pas exagéré de qualifier de très attendu. Il s’agit d’une étude destinée à évaluer l’effet de l’apport de testostérone sur les problèmes de santé que connaissent les hommes en prenant de l’âge. En 2003 en effet, aux Etats-Unis, un comité d’experts de l’Institut Of Medicine  (IOM) recommandait que des essais cliniques soient menés pour évaluer, non seulement l’efficacité des traitements par testostérone chez les hommes âgés, mais aussi leurs bénéfices et risques à long terme. Depuis, les choses ont peu évolué dans ce domaine, si ce n’est dans le sens de l’alimentation d’une controverse, du fait de résultats contradictoires émanant de publications de plus ou moins bonne qualité.

Sept essais sur la supplémentation en testostérone

C’est dire l’intérêt que devraient susciter les résultats publiés par le NEJM. Les auteurs ont mis en place 7 essais cliniques en double aveugle contre placebo, explorant chacun l’un des différents domaines impactés par l’âge. Les résultats récemment publiés concernent 3 de ces essais, explorant la fonction sexuelle, l’activité physique et enfin la vitalité. Au total 790 patients de plus de 65 ans, présentant une testostéronémie inférieure à 2,75 ng/ml ont été randomisés et ont reçu un gel de testostérone ou un placebo pendant 1 an. L’efficacité du traitement a été évaluée à 3, 6, 9 et 12 mois et les données sur les effets indésirables recueillies pendant encore 12 mois après la fin de l’étude.

Mieux pour les fonctions sexuelles que pour la course à pied !

Disons sans attendre que porter le taux sérique de testostérone des seniors au niveau moyen de celui des 19-40 ans a un effet significatif sur leurs fonctions sexuelles, y compris sur le désir sexuel et la capacité érectile. Les auteurs précisent que l’amélioration constatée est d’autant plus importante que le taux de testostéronémie obtenu est élevé.

En revanche, dans l’essai « fonction physique », la supplémentation en testostérone n’améliore pas de façon significative le nombre de mètres parcourus en 6 minutes, capacité toutefois améliorée quand sont prises en compte les performances de l’ensemble des participants aux 3 essais. Quant à l’efficacité du traitement sur la vitalité, l’échelle de mesure n’indique pas de supériorité du traitement par rapport au placebo, mais les patients sous traitement signalent plus souvent une légère amélioration de leur humeur et une réduction sensible de la sévérité de leurs symptômes dépressifs.

Des effets indésirables encore incertains

Quant aux effets secondaires, ils ne sont pas significativement différents d’un groupe à l’autre en ce qui concerne l’augmentation du taux d’hémoglobine ou celle du PSA. Ces résultats doivent encore être considérés avec précaution, les auteurs eux-mêmes notant que les patients ont été sélectionnés à l’entrée dans l’étude et qu’ont été exclus les hommes à risque de cancer prostatique et ceux qui présentaient des symptômes urinaires modérés à sévères.

Le bémol est pour la fin, pour ceux qui se seraient trop vite enthousiasmés : l’analyse des données montre en effet que l’efficacité observée sur l’amélioration des fonctions sexuelles, maximale entre 3 et 6 mois de traitement, marque une inflexion avec le temps. Et enfin les auteurs précisent que l’impact de la supplémentation de la testostérone sur la fonction érectile est inférieur à celui qui est constaté avec les inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5.

Dr Roseline Péluchon

Références
Snyder PJ et coll. : Effects of Testosterone Treatment in Older Men.
N Engl J Med 2016; 374:611-624. DOI: 10.1056/NEJMoa1506119

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Vos réactions (2)

  • Horresco referens

    Le 26 février 2016

    Parmi les facteurs de risque de cancer prostatique, on ne cesse de le répéter, l’âge avancé est, de loin, le plus important des facteurs de malchance. Au point qu’à 90 ans tout le monde doit être considéré comme potentiellement porteur d’un cancer prostatique, au moins d’un cancer quiescent dans l'immense majorité des cas.

    C'est à se demander s'il n'existe pas deux sortes de cancers prostatiques. Un peu comme il existe, dans la peau des cancers basocellulaires et des mélanomes, les uns innocents mais visibles, les seconds traîtres cachés violents.

    Ce seraient : 1- des cancers d'emblée métastasés assez rares et 2- des cancers quiescents que seuls les anapaths connaissaient dès 1875 et très fréquents mais tranquilles, que l'on découvre avant les anapaths depuis 1987 (PSA).

    Au contraire, à moins de 45 ans alors que la testostéronémie est élevée, il n’existe pratiquement pas de cancer prostatique, sauf dans le cas particulier des hypogonadismes ; justement s’ils ne sont pas traités par de la testostérone.

    Et, fait contraire, plus on avance en âge, plus la testostéronémie est basse ; et plus le cancer prostatique est fréquent.

    Au point que le paradigme de la castration devrait être remis en cause par ces constats. On n'a pas le droit !

    Et on pourrait même, comme certains américains traiter ce cancer par de la testostérone. Horresco referens !

    Ou au moins compter ceux qui ont un cancer métastasé imputable à cette administration.

    Ici le taux de PSA a systématiquement augmenté chez les participants recevant de la testostérone, seulement trois cas de cancer de la prostate (quiescents ou actifs ?) ont été diagnostiqués sue 790 hommes de plus de 65 ans (âge moyen 72 ans) dans le groupe expérimental, pendant l'étude et lors de l'année suivante (un seul dans le groupe placebo).

    Jean Doremieux

  • Un peu court

    Le 06 mars 2016

    Etude peu convaincante, sur une durée bien courte d'où sont exclus la plupart des effets secondaires comme les problèmes cardio vasculaires, pour ne parler que de ceux-ci.

    François Engel

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