Thérapies ciblées en oncologie et admission en USI

La mortalité chez les patients atteints d’une affection maligne reste élevée en dépit des progrès thérapeutiques accomplis. A cet égard, les thérapies ciblées mises au point au cours de ces dernières années représentent une avancée indéniable qui a permis d’améliorer le pronostic de certaines tumeurs malignes solides. En contrepartie, le risque d’évènements indésirables sérieux apparaît non négligeable, y compris des complications nécessitant une admission d’urgence dans une unité de soins intensifs.

La fréquence de ces dernières est encore mal connue, ce qui fait tout l’intérêt d’une étude d’observation multicentrique internationale à laquelle ont participé 14 centres. Elle a inclus 91 patients adultes (âge moyen de 61 ans ; extrêmes, 51-69) admis en USI entre le 1er janvier 2015 et le 31 décembre 2016, tous atteints d’une tumeur solide ayant le plus souvent nécessité une thérapie ciblée. Les patients non-fumeurs dans cet échantillon étaient au nombre de 56 (62 %). Les tumeurs étaient de localisations diverses touchant notamment : le tractus gastro-intestinal (n = 24 ; 22 %), le sein (n = 18 ; 20 %), le rein (n = 17 ; 19 %), le poumon (n = 17 ; 19 %) ou encore la peau à type de mélanome (n = 4 ; 4 %). Dans la majorité des cas (n = 81 ; 83 %), il s’agissait de formes métastatiques. Les thérapies ciblées suivantes avaient été débutées dans les 72 jours (extrêmes, 17-151) qui avaient précédé l’admission en USI : anti-EGFR (n = 21 ; 23 %), anti-VEGF (n = 25 ; 28 %) ou encore anti-BRAF (n = 5 ; 5,5 %).

Lors de l’admission, la valeur médiane du score SOFA (Sepsis-related Organ Failure Assessment) a été estimée à 3 (extrêmes, 1-6). Les symptômes rencontrés à ce moment étaient variés, répartis pour la plupart d’entre eux, en quatre groupes principaux: insuffisance respiratoire aiguë (n = 31 ; 35 %), tableau de maladie infectieuse (n = 15 ; 17 %), insuffisance cardiaque (n = 14 ; 19 %) ou encore troubles métaboliques (n = 10 ; 11 %). Chez 16 patients (20 %), l’admission en USI a été directement en rapport avec les thérapies ciblées précédemment évoquées. Les principaux évènements indésirables imputables à ces dernières ont été les suivants : anaphylaxie (n = 1), insuffisance cardiaque (n = 3), hémorragie (n = 2), péritonite (n = 1), désordres métaboliques (n = 3), lésion pulmonaire (n = 4), encéphalopathie (n = 1) et syndrome inflammatoire de réponse systémique (SIRS) sans autre étiologie (n = 1). Deux des 16 patients concernés (12 %) sont décédés au cours du séjour en USI. Dans les 2 cas, il s’agissait d’un cancer digestif traité par un anti-VEGF, l’un compliqué de péritonite, l’autre de choc cardiogénique.

Les autres diagnostics chez les patients admis en USI, sans rapport direct avec les thérapies ciblées ont été principalement les suivants : insuffisance respiratoire aiguë liée à une progression d’une tumeur bronchique ou à une pneumonie (n = 28), maladies infectieuses (n = 15) ou encore insuffisance cardiaque (n = 13). La plupart des maladies (n = 65 ; 71 %) ont survécu au terme d’un séjour en USI d’une durée médiane de 2 jours (extrêmes, 1-6). Le taux de survie à 1 mois a été de 55 %.

Cette étude d’observation à la fois multicentrique et internationale reste préliminaire. Elle n’en donne pas moins une idée approximative de la fréquence et de la nature des évènements indésirables graves auxquels exposent les thérapies ciblées. Chez 20 % des patients atteints d’une tumeur solide et admis en USI (intervalle de confiance à 95 % de 11,8 à 28,2 %), ces traitements seraient directement en cause, plus particulièrement les anti-VEGF : un chiffre qu’il convient de confirmer sur un effectif plus conséquent et une information qui doit être présente à l’esprit des réanimateurs confrontés aux urgences oncologiques.

Dr Philippe Tellier

Référence
Virginie Lemiale et coll. : Role of targeted therapy for cancer patients admitted to ICU. Congrès de la Société de Réanimation de Langue Française (Paris) : 23-25 janvier 2019.. Annals of Intensive Care 2018, 9(Suppl 1).

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