Toujours sur la piste

Minneapolis, le 11 juin 2019 – Il y a ceux qui racontent que du plus loin qu’ils s’en souviennent, ils ont toujours voulu courir. Ils ont transformé la course à pied en religion, lui attribuant des vertus spirituelles, l’érigeant en philosophie de vie. Mais il y a ceux qui ont choisi cette piste presque par hasard. Parce qu’il fallait bien courir.

Pas de relation transcendantale

Gabriele Ivy Grunewald est une coureuse qui a toujours suscité une sincère admiration chez les professionnels. Sans doute aurait-elle pu connaître des succès plus marquants dans sa spécialité (le demi-fond) si elle n’avait pas été si durement frappée par la maladie. Mais Gabrielle Ivy Grunewald ne s’était pas toujours imaginée foulant les pistes d’athlétisme. « Je n’ai jamais eu comme d’autres une relation transcendantale avec la course à pied » a-t-elle confié il y a quelques mois. Elle était douée, voilà tout. Et c’est ce don ainsi qu’une détermination souriante qui lui valent d’être repérée alors qu’elle est étudiante à l’université du Minnesota. Représentant cette dernière, elle termine seconde du 1 500 mètres des championnats NCAA en 2010. Cette belle performance et l’engouement qu’elle suscite la convainquent de se consacrer plus largement à l’athlétisme. Ainsi que le désir de prouver que les obstacles les plus amers peuvent être surmontés.

Victoires et sombres diagnostics entremêlés

Un an plus tôt, alors qu’elle est âgée de 22 ans, la vie de Gabriele Grunenwald avait en effet basculé : tandis qu’elle fait examiner un "kyste" situé derrière l’oreille, un cancer rare de la glande salivaire lui est diagnostiqué. Sportive, Gabriele n’avait cependant pas alors conçu le désir de se frotter à la compétition, bien que ses résultats puissent lui permettre de l’envisager. Plutôt que de l’inciter à abandonner toute velléité de continuer à courir, ce diagnostic l’encourage dans cette voie. Ainsi multiplie-t-elle les succès, tout en continuant à être l’objet d’une stricte surveillance qui la conduit parfois à de sinistres découvertes. Ainsi, en octobre 2010, elle révèle être atteinte d’un cancer de la thyroïde. Quand quelques temps plus tard, elle réapparaît sur les réseaux sociaux, ce n’est pas pour évoquer un autre diagnostic mais pour commenter sa participation aux sélections américaines aux jeux olympiques de Londres : elle échoue à une place près dans la catégorie 1 500 mètres. Dès lors, l’ambition de participer aux Jeux Olympiques s’inscrit comme une ligne à suivre. Elle multiplie dans cette optique les entraînements et les victoires : elle devient championne des Etats-Unis du 3000 mètres en salle en février 2014. Mais alors qu’elle échoue une nouvelle fois à se qualifier pour les Jeux olympiques de Rio, la jeune américaine qui rêve déjà de pouvoir décrocher le sésame pour 2020 apprend qu’elle est touchée par une récidive métastatique du carcinome adénoïde kystique diagnostiqué en 2009.

Scène

Difficile de déterminer derrière les photos toujours souriantes de la jeune femme, y compris lorsqu’elle revêt l’habit stérile avant d’entrer en salle de chimiothérapie, si son espoir de voir les anneaux olympiques s’est alors envolé. Pourtant, même s’il ne s’agissait sans doute plus de s’entraîner pour atteindre ce but, Gabriele et son époux participent à un nombre important d’événements athlétiques. « Courir m’offre une scène pour parler du cancer, pour dire que je suis une survivante et montrer qu’on peut persévérer et poursuivre ses rêves » expliquait-elle à l’Equipe à la fin de l’année 2017. Ce lien étroit entre performances sportives et lutte contre le cancer s’illustre d’une façon poignante dans une photo postée par l’athlète où on peut la voir en tenue de course montrant la longue cicatrice laissée par l’ablation d’une tumeur du foie.

Un combat triste et quotidien

Le courage et le sourire de Gabriele forcent l’admiration de ses compétiteurs qui sont nombreux à soutenir l’association Brave Like Gabe qu’elle fonde avec son mari, au profit de la lutte contre le cancer (notamment chez les jeunes adultes). Mais ce 12 juin 2019, quelques jours avant de fêter ses 33 ans, la jeune femme a succombé peu de temps après avoir été admise en soins palliatifs. L’annonce de sa disparition par un message ému de son époux a entraîné de nombreux hommages sur les réseaux sociaux émanant notamment de jeunes adultes également atteints de cancers rares, qui ont témoigné de la façon dont la jeune femme avait été une source d’inspiration et d’encouragement pour eux. L’athlète avait notamment observé dans un documentaire qui lui avait été consacré récemment : « Je ne pense pas que nos sociétés mettent en avant des gens qui luttent, qui sont engagés dans les combats ordinaires de la vie de tous les jours. On voit des médailles d’or, des victoires rocambolesques, des succès fous, des capitaines d’industrie et des milliardaires qui réussissent comme personne mais, moi, je ne fais pas partie de ces gens. Ce que je montre, c’est un combat triste et quotidien ». Ce combat triste a pourtant durablement marqué un grand nombre de personnes. Ainsi, le monde du running a également salué la mémoire de la jeune femme. Tous ces témoignages n’insistent pas tant sur les performances sportives de l’athlète que sur sa détermination. Et son mari d’ailleurs en est convaincu : « Les gens ne se rappelleront pas de tes courses, mais de cette fille qui n’a jamais abandonné ni perdu espoir ».

Aurélie Haroche

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