Toxicomanie injectable : cacophonie autour de distributeurs de seringues stériles en Seine-Saint-Denis

Paris, le mercredi 3 octobre 2018 - Les programmes de réduction des risques, bien implantés en France, sont néanmoins fragiles, à la merci des controverses sociales et politiques. Dans les localités qui souffrent le plus de la violence, ils peuvent être rapidement les cibles de ceux qui considèrent qu’ils favorisent les comportements dangereux.

Ainsi, en Seine-Saint-Denis où, on le sait, les difficultés sont multiples, les seringues usagées fréquemment retrouvées dans l’espace public sont ressenties, légitimement, comme une marque supplémentaire d’insécurité. Cependant, la mise en place de programmes offrant des réponses de fond aux problèmes révélés par la présence des seringues est longue et coûteuse. Une méthode cosmétique plus simple consiste à empêcher l’approvisionnement en seringues neuves. Mais cette "solution", pourtant évidemment à risque pour la sécurité sanitaire des toxicomanes n’est nullement garante d’une diminution des violences associées à l’usage de drogues.

Des taux de contaminations par le VIH et le VHC plus élevés qu’ailleurs

Ce fut pourtant le choix au début du mois de septembre de l’Agence régionale de Santé, sous la pression de la préfecture : l’institution procéda au retrait de deux distributeurs de seringues stériles, installés depuis une dizaine d’année aux abords de l’hôpital Robert Ballanger à Aulnay-sous-Bois. L’ARS promit que ces dispositifs seraient rapidement remplacés par un programme reposant sur l’intervention d’équipes mobiles allant à la rencontre des toxicomanes pour leur offrir du matériel stérile et ramasser les seringues usagées. Si une telle méthode est prometteuse d’un accompagnement d’une plus grande qualité, elle présente également quelques défauts (l’accès n’est pas assuré en permanence et le contact humain peut être refusé par certains). Par ailleurs, il s’agit d’une logistique complexe. Ainsi, un mois après la suppression des distributeurs, le dispositif itinérant n’est toujours pas opérationnel.

Les associations d'aide aux toxicomanes dans le département (dont Act up et MSF), hostiles d’une manière générale au démontage des distributeurs, se sont émues de cet abandon des consommateurs de drogue injectable et ont rappelé que la Seine Saint Denis connaît avec la ville de Marseille les plus haut taux de contamination par le VHC et le VIH chez les toxicomanes par voie veineuse. Les difficultés récurrentes rencontrées par les programmes de réduction des risques dans ces localités ne sont d'ailleurs probablement pas totalement étrangères à cet état de fait.

Un centre d’injection supervisé : une solution attendue ?

Face à l’inquiétude des organisations et à la bronca politique naissante et ne pouvant que constater le retard de la mise en place d'équipes mobiles d'intervention auprès des toxicomanes, l’ARS a annoncé hier la réinstallation des distributeurs de seringues.

Pour certains élus de la région, cette cacophonie  pourrait conduire à réactiver le projet d’ouverture d’une salle d’injection à moindre risque, qui permettrait de répondre en partie à la problématique posée par la présence des seringues usagées dans les communes de Seine-Saint-Denis.

Aurélie Haroche

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