Traitement anticoagulant ou antiagrégant avant transplantation rénale : pas de risque post-opératoire

Chez les patients atteints d’une insuffisance rénale chronique terminale, les comorbidités cardiovasculaires sont fréquentes et peuvent nécessiter un traitement anticoagulant (AC) ou antiagrégant plaquettaire (AP). En théorie, ces derniers exposent à un risque hémorragique périopératoire significatif en cas de transplantation rénale. Certes, leur administration doit être interrompue avant une telle intervention, mais les délais définis dans les recommandations ne sont pas toujours respectés face à l’urgence.

Qu’en est-il dans la pratique courante ? La consultation récente d’une vaste base de données américaine  apporte des éléments de réponse à cette question. Sur les 21 885 patients qui ont bénéficié d’une transplantation rénale entre 2008 et 2013, 1 400 ont été sélectionnés pour être inclus dans une étude cas-témoins. Dans le groupe des cas, 562 étaient sous AC et 138 sous AAP avant l’intervention. Les témoins ont été appariés à ces sous-groupes par l’âge et le sexe. Le critère de jugement primaire a inclus les évènements hémorragiques majeurs suivants : hémorragie intracérébrale ou cérébroméningée, saignement digestif  et hématome sous-dural ou extradural. Les critères secondaires, ont inclus des évènements thrombo-emboliques : thrombose des veines rénales, thrombose veineuse profonde, embolie pulmonaire et mortalité. A cette liste s’ajoute la longueur de l’hospitalisation en rapport avec la transplantation rénale.

Parmi les critères précédemment cités, aucune différence intergroupe n’a été mise en évidence et cela vaut autant pour les complications hémorragiques que pour les évènements thrombo-emboliques. Le même constat s’applique à la comparaison entre les sous-groupes AC et AAP versus les témoins, à une exception près : la longueur de l’hospitalisation s’est avérée un peu plus longue en cas d’exposition préopératoire aux AC, soit 6 jours versus 5 jours dans le groupe témoin (p<0,005).

Cette étude cas-témoins apporte un éclairage sur les risques encourus en cas de prise d’un AC ou d’AAP avant une transplantation rénale. Elle suggère que ces traitements n’exposent à aucun risque hémorragique ou thrombo-embolique post-opératoire significatif. La prise d’un AC semble néanmoins être associée à une hospitalisation légèrement prolongée. Des études prospectives restent cependant nécessaires pour confirmer ces résultats dans le cadre d’un suivi prolongé, en tenant compte par ailleurs du type d’AAP ou d’AC utilisé avant l’intervention.

Dr Philippe Tellier

Référence
Diamond A et Coll. : Evaluation of Clinical Outcomes in Patients Receiving Antithrombotic Therapy Prior to Kidney Transplantation. Congrès annuel de la Société Américaine de Transplantation (AST) et de la Société Américaine de Chirurgiens Transplantateurs (ASTS). Du 30 mai au 3 juin 2020 (virtuel).

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