Traiter vite et bien les hépatites aiguës pour éradiquer le VHC vers 2030 ?

Si le traitement des hépatites chroniques C par les antiviraux d’action directe (AAD) est désormais acquis, celui des formes aiguës n’a fait l’objet que de rapports préliminaires. Il semble, en effet, important de traiter les patients à risque, séropositifs pour le VIH, usagers de drogues IV ou pratiquant des relations sexuelles entre hommes, afin d’éradiquer, au stade aigu, la dissémination du VHC dans les populations les plus exposées.

L’étude hollandaise DAHHS2, réalisée dans 15 centres soignant des patients VIH+, surinfectés par les génotypes 1 et 4 du VHC, confirme le succès d’un traitement court, de 8 au lieu de 12 semaines, par gazoprévir et elbasvir dans ce groupe à fort risque de dissémination et de ré-infestation virale C.

Entre février 2016 et mars 2018, 146 patients atteints d'une infection par le VHC récemment contractée ont été éligibles pour cette étude et aucun patient n'a été perdu de vue. Les 80 participants retenus avaient pour la plupart une infection VIH contrôlée. Cinquante et un patients (64 %) étaient porteurs du génotype 1 et 29 (36 %) du génotype 4 depuis moins de 26 semaines. Seuls deux patients avaient un ictère à l’inclusion. Les traitements anti VIH incompatibles avec les anti-protéases ont été modifiés en conséquence.

Un traitement sur huit semaines

L’efficacité de l’association gazoprévir et elbasvir sur 8 semaines, a été confirmée par une réponse virale soutenue à S12 de 94 %. Un seul patient a récidivé à l’arrêt du traitement, tandis que 4 autres étaient sexuellement réinfectés par un virus de génotype différent, ce qui a été confirmé par un séquençage. Deux complications indépendantes des AAD ont été rapportées tandis que la tolérance médicamenteuse était jugée correcte.

Les effets indésirables les plus fréquemment signalés ont été la fatigue (14 %), les maux de tête [9 %], l’insomnie [9 %], les changements d'humeur [6 %], la dyspepsie [6 %],l’altération de la concentration [5 %] et les vertiges [5 %], considérés comme mineurs. Aucun médicament n’a été arrêté. L'événement indésirable le plus fréquent a été une nouvelle infection sexuellement transmissible [24 %].

Cette importante étude confirme donc l’efficacité des AAD adaptés aux génotypes 1 et 4 et prescrits dans les premières semaines d’une infection aiguë C qui ne guérit spontanément pas chez des sujets VIH+ traités. D’autres molécules pan-génotypiques associant sofosbuvir plus velpastasvir ou glecaprevir plus pibrentasvir sont en cours d’expérimentation sur les hépatites aiguës avec des durées d’administration encore plus faibles (4 à 6 semaines) dans l’optique d’un meilleur rapport qualité/prix sans nécessité de génotypage systématique préalable.

Ce travail réalisé sur des sujets à haut risque conforte les prévisions del’OMS avec deux objectifs pour 2030 : la réduction de 90 % sur les nouvelles infections à VHC et celle de 65 % sur la mortalité due au virus C.

Dr Sylvain Beorchia

Références
Boerekamps A, De Weggheleire A, E van den Berk GE et coll. : Treatment of acute hepatitis C genotypes 1 and 4 with8 weeks of grazoprevir plus elbasvir (DAHHS2): an open-label, multicentre, single-arm, phase 3b trial. Lancet Gastroenterol Hepatol., 2019 ; 4: 269-277..doi.org/10.1016/S2468-1253(18)30414-X
Martinello M, Matthews GV : Management of acute HCV in the era of direct-acting antivirals : implications for elimination. Lancet Gastroenterol Hepatol. 2019; 4: 256-257.doi.org/10.1016/S2468-1253(19)30001-9

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article