Transgenralité : les limites de la préservation de la fertilité

La transgenralité va au-delà du phénomène de mode et, bien que de plus en plus étudiée, n’a pas encore reçu de réponse à toutes les questions qu’elle pose. Ainsi en est-il de certaines questions gynécologiques (induction d’aménorrhée avant le changement d’hormones sexuelles, saignements irréguliers, dysménorrhée, décharges vaginales, …) alors que l’examen gynécologique n’est pas facile chez l’adolescente, ainsi que des options de fertilité des adolescents transgenres.

Plusieurs organisations nationales et internationales, dont la World Professional Association for Transgender Health, l'American Society for Reproductive Medicine et l’Endocrine Society, ont émis des directives recommandant que les personnes transgenres se voient offrir des options de préservation de la fertilité avant d'initier un traitement qui modifie le sexe assigné à la naissance. Mais que dire aux adolescent(e)s qui cherchent désespérément un traitement de transformation et qui subissent avec difficulté le retard des traitements de transition ? Et aux parents qui donnent souvent la priorité à la préservation de la fertilité pour maintenir un avenir ouvert à leur enfant ?

Chez les femmes transgenres adultes, la cryoconservation du sperme est généralement simple, ce qui n’est pas le cas quand il s’agit d’adolescentes transgenres. Car se pose la question de la qualité du sperme récolté à l'âge de l'adolescence : est-elle suffisante pour affirmer en bonne conscience que cette cryoconservation, coûteuse, mais qui ne peut durer au-delà de 10 ou 20 ans, en vaut la peine ? Rappelons que ce n’est que vers l’âge de 13 ans en moyenne que les garçons ont leur première éjaculation et vers 17 ans que la motilité spermatozoïque normale moyenne est atteinte. Il faut donc pouvoir dire à ces femmes trans à l'âge de l’adolescence et avant le traitement de cryoconservation des spermatozoïdes que la qualité du sperme peut être altérée. Cela dit, l’ICSI, la préservation de tissus testiculaires, l'utilisation de cellules souches des spermatogonies et la maturation in vitro (qui ne sont encore expérimentales), pourraient être des options futures.

Pour les adolescents transgenres masculins, la préservation de la fertilité semble encore plus difficile car la cryoconservation des ovocytes nécessite une hyperstimulation ovarienne contrôlée et une ponction ovarienne transvaginale échoguidée pour récolter les oocytes. Cette procédure peut provoquer une grande détresse chez l’adolescent car elle demande l’arrêt de la thérapie androgénique et une hyperstimulation ovarienne. De plus, les femmes qui ont des taux d’androgènes élevés sont plus à risque d’un syndrome d’hyperstimulation ovarienne. A titre alternatif, la conservation de tissu ovarien peut être exécutée en même temps que la chirurgie d'affirmation du genre. La maturation in vitro après prélèvement, la FIV et le transfert d'embryons homo- ou hétérologues peuvent alors être justifiées. Chez les transgenres masculins à l’adolescence, il est par ailleurs hautement probable que les ovaires ne soient pas entièrement développés, et l'hyperstimulation et la récupération des ovocytes peuvent ne pas être pleinement réussies.

In fine, il semble obligatoire de discuter des options et des limites en matière de reproduction, y compris à un jeune âge, et d’informer quant aux limites de nos connaissances. Ces limites peuvent par ailleurs nuire aux principes du consentement éclairé approprié…

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Référence
Van Trosenburgh M : Gynecological aspects and fertility issues in transgender adolescents. 58th ESPE (European Society of Paediatric Endocrinology) (Vienne) : 16-20 septembre 2019.

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