Transplantation pulmonaire de donneurs VHC+ : qu’en pensent les receveurs potentiels ?

La pénurie croissante en organes a amené à élargir la liste des donneurs potentiels. Cette tendance s’est affirmée au cours des dernières années avec la possibilité d’implanter des organes provenant de patients infectés par le virus de l’hépatite C (VHC), les receveurs étant VHC-. Elle est particulièrement opportune quand il s’agit d’organes tels que les poumons, mais encore faut-il que les patients acceptent le principe d’un greffon provenant de malades porteurs du VHC.

Une enquête sur le terrain a permis d’évaluer le retentissement psychosocial de ce changement de pratiques. Ont été inclus dans cette étude, 67 patients VHC- (âge 27-76 ans ; sexe masculin : 61 %), tous candidats à une transplantation pulmonaire, et qui ont été informés que l’organe avait toutes les chances d’appartenir à un donneur VHC+. Les sujets ont répondu avant la transplantation à une batterie de 55 questions (QCM ou questions ouvertes). Au total, plus d’un patient sur trois (24/67 ; 36 %) a bénéficié d’un organe prélevé chez un donneur VHC+. Au moment de cette communication, sept participants (10 %) sont encore en attente de la transplantation.

Avant greffe, pour la majorité des participants (50/67, 75 %), il était admis que le recours à un organe de donneur VHC+ était totalement ou presque dénué de risque. Une opinion largement partagée par la famille et le médecin traitant des receveurs, même si un tiers des receveurs a exprimé une certaine aversion au risque. Ces derniers ont toutefois accepté l’intervention soit par déspespoir lié à la maladie chronique ou suite à l’aggravation des symptômes.

Malgré les doutes, les receveurs seraient prêts à réitérer l’expérience

Chez les 24 patients qui ont accepté la transplantation d’un organe d’un donneur VHC+ et en ont bénéficié, la crainte de contracter l’infection n’a été ressentie que dans un tiers des cas. Après l’intervention, aucune anxiété ne s’est manifestée dans la majorité des cas (87,5 %) et il a en a été de même pour le bien-être global qui n’a pas été affecté par l’intervention chez plus de huit patients sur dix (83 %). La crainte d’une transmission de l’infection aux membres de la famille n’a pas eu d’impact comportemental et l’acceptabilité du traitement s’est avérée excellente dans la majorité des cas. Au bout du compte, près de neuf patients sur dix (87,5 %) ont admis que … si c’était à refaire, ils le referaient et qu’ils conseilleraient à leurs proches de faire comme eux.

Chez les participants qui ont reçu un organe d’un donneur VHC-, alors qu’ils avaient accepté l’alternative initialement proposée, 53 % se sont déclarés soulagés par cette information. Mais dans 89 % des cas, ils ont réitéré leur adhésion à l’idée de départ au cas où une nouvelle transplantation serait envisagée.

Pour conclure, cette étude démontre que le recours à un greffon pulmonaire provenant d’un donneur VHC+ est bien accepté dans la majorité des cas, tant avant qu’après l’intervention. Cette enquête souligne en effet le caractère positif de l’expérience et l’absence de retentissement psychosocial négatif d’une telle pratique.

Dr Philippe Tellier

Référence
Humar SS et coll. Survey of Lung Transplant Recipient Attitudes and Beliefs on Accepting an Organ That Was Positive for Hepatitis C Virus. Congrès annuel de la Société Américaine de Transplantation (AST) et de la Société Américaine de Chirurgiens Transplantateurs (ASTS). Du 30 mai au 3 juin 2020 (virtuel).

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