Travailler plus longtemps pour mourir plus tard

La retraite est un sujet d’actualité plutôt brûlant. Sans prendre partie dans un débat houleux et interminable qui intéresse la société dans son ensemble, il faut tout de même mentionner les résultats d’une étude épidémiologique réalisée en Grèce qui établit une association significative entre l’âge de la retraite et la mortalité globale dans les années qui suivent celle-ci. A l’heure où le mot d’ordre est d’allonger le plus possible la durée de l’activité professionnelle, l’information est intéressante à prendre en compte. Qu’on en juge…

Il s’agit en fait de la ramification grecque de l’étude EPIC (European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition) dont les objectifs ambitieux sont clairement inscrits dans son acronyme. Entre 1994 et 1999, 16 827 sujets des deux sexes, de nationalité grecque, ont été inclus dans l’étude en question. A ce moment précis, certains participants avaient une activité professionnelle, alors que d’autres avaient déjà pris leur retraite, pour employer la formule consacrée. En outre, toujours au moment de l’inclusion, il n’existait chez les intéressés aucune des pathologies suivantes : cancer, accident vasculaire cérébral, maladie coronaire ou encore diabète. Dans les années qui ont suivi, jusqu’en juillet 2006, toutes les covariables utiles étaient accessibles, de même que les décès et leurs causes.

Une analyse par régression multiple, selon le modèle de Cox, avec ajustement en fonction des facteurs de confusion potentiels, a recherché une relation entre, d’une part, la mortalité globale, cardiovasculaire ou encore imputable à un cancer, d’autre part, le statut professionnel et l’âge au moment de la retraite. Comparativement aux sujets en activité, les retraités se sont singularisés par une augmentation de la mortalité globale de 51 %. Parmi ces derniers, une augmentation de 5 ans de l’âge au moment de la retraite a été associée à une diminution de 10 % de la mortalité. Les résultats de l’analyse se sont avérés plus probants pour la mortalité cardiovasculaire que pour celle liée à une affection maligne. En revanche, aucune association n’a été mise en évidence entre la mortalité par accident et l’âge au moment de la retraite.

Selon cette étude de cohorte prospective, réalisée en Grèce, il semblerait que la précocité de la retraite soit un facteur de risque quant à la mortalité globale et cardiovasculaire chez des sujets par ailleurs en bonne santé apparente. Ces résultats demandent à être confirmés dans d’autres pays.  « Le travail, c’est la santé » ne serait pas qu’une boutade…

Dr Philippe Tellier

Référence
Bamia C et coll. Age at retirement and mortality in a general population sample. The Greek EPIC Study. Am J Epidemiol 2008; 167: 561-569.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Réagir à cet article

Les réactions sont réservées aux professionnels de santé inscrits et identifiés sur le site.
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.


Lorsque cela est nécessaire et possible, les réactions doivent être référencées (notamment si les données ou les affirmations présentées ne proviennent pas de l’expérience de l’auteur).

JIM se réserve le droit de ne pas mettre en ligne une réaction, en particulier si il juge qu’elle présente un caractère injurieux, diffamatoire ou discriminatoire ou qu’elle peut porter atteinte à l’image du site.