Troubles de l’audition et déficit cognitif infraclinique, la cause n’est pas entendue

Les troubles auditifs sont volontiers incriminés dans la survenue d’un déficit cognitif. Cette hypothèse a été principalement évoquée sur la foi d’études transversales, souvent de type cas-témoins, menées chez des patients atteints d’une démence associée à une hypoacousie ou à une surdité. Le lien de causalité n’est pas pour autant établi compte tenu de la méthodologie… même si le fait de mal entendre peut compliquer l’acquisition ou l’entretien de diverses fonctions supérieures au premier rang desquelles figure la mémoire. Un tel déficit est en général parfaitement compensé sans retentir sur cette dernière. Une étude de cohorte  a abordé la problématique sous un angle original. Il s’agit en fait d’une ramification d’une vaste étude britannique longitudinale dite MRC National Survey of Health and Development dans laquelle ont été inclus plusieurs milliers de sujets nés en 1946 et suivis régulièrement tout au long de leur vie de la naissance à la retraite. Dans la publication citée, il est question d’étudier les déterminants du vieillissement et la sous-étude en question a une dimension qui relève des neurosciences appliquées et d’une approche transversale de la relation entre audition et démence à un stade débutant infraclinique.

Audiométrie et imagerie

Au sein de la vaste cohorte initiale, ont donc été sélectionnés 398 sujets âgés (extrêmes 69,2-71,9 ans) sans déficit cognitif significatif même léger lors de l’inclusion. Le suivi avait compris un bilan cognitif et  une audiométrie tonale adaptée à la mise en évidence objective d’un déficit auditif aussi léger soit-il : une approche plus précise que les classiques questionnaires ou le diagnostic clinique d’une hypoacousie.


Deux techniques d’imagerie ont été utilisées pour rechercher le plus objectivement possible les signes objectifs d’une démence débutante ou d’un déficit cognitif moins patent : d’une part, l’IRM pour déceler, par exemple, une atrophie hippocampique, d’autre part, la tomographie par émission de positons (TEP) après injection de florbétapir qui est un marqueur du dépôt des plaques amyloïdes, lesquelles apparaissent précocement dans l’évolution vers une maladie d’Alzheimer.

Des résultats peu significatifs

Il a été mis en évidence une relation modeste quoique significative entre les altérations de l’audition et l’épaisseur du cortex cérébral, au sein de l’aire auditive primaire AI (aire 41 de Brodmann) située dans le tiers postérieur du gyrus temporal supérieur. C’est la seule relation établie dans cette étude. En effet, le déficit audiométrique n’a été associé à aucun des signes relevant de l’imagerie moléculaire ou structurale : dépôt de protéine β-amyloïde, volume des hypersignaux de la substance blanche, volume hippocampique ou encore modifications de l’épaisseur du cortex cérébral évocatrices d’une maladie d’Alzheimer. Une association négative a toutefois été mise en évidence entre l’audiométrie et le score obtenu au MMSE (mini mental state examination), mais elle n’a pas résisté à l’exclusion d’un item du test consistant en la répétition d’une phrase unique.

Cette étude originale qui s’appuie sur des bases objectives ne prétend pas faire toute la lumière sur les relations entre les performances auditives et les premiers signes d’une maladie neurodégénérative révélés par l’imagerie moléculaire ou structurale chez des sujets âgés dont les fonctions supérieures sont en apparence indemnes. L’impact de l’audition dans ce contexte semble limité et très faible, mais d’autres études plutôt longitudinales que transversales reposant sur un protocole voisin pourraient enrichir le débat.

Dr Philippe Tellier

Référence
Parker T et coll. : Pure tone audiometry and cerebral pathology in healthy older adults. J Neurol Neurosurg Psychiatry. 2020 ; 91(2):172-176. doi: 10.1136/jnnp-2019-321897.

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