Troubles psychiatriques sévères : le suivi intensif diminue-t-il la durée des hospitalisations ?

Il est recommandé de nos jours de limiter au maximum les durées de séjours hospitaliers des patients présentant des troubles psychiatriques sévères (TPS) car les hospitalisations trop longues sont fréquemment déstabilisantes, abhorrés par les patients et source d’inefficacité et de surcoût. Pour y parvenir, les services psychiatriques mettent de plus en plus souvent en place un suivi intensif des patients (SIP). De tels programmes ont été mis en route aux Etats-Unis et adoptés largement au Canada, en Australie et en Europe. Ils comprennent notamment des réunions quotidiennes de l’équipe soignante, le partage d’expérience entre les membres de l’équipe, une disponibilité 24h/24 et un travail multidisciplinaire. Les patients bénéficiant des tels programmes se voient « attribuer » une infirmière et un « gestionnaire » (travailleur social ou autre professionnel de santé). Un gestionnaire prend en charge 10 à 20 patients. Il doit maintenir un contact étroit avec eux, évaluer et répondre à leurs besoins.

Le SIP est l’une des interventions non pharmacologiques les plus évaluées en psychiatrie.
Un certain nombre d’essais menés durant ces 35 dernières années ont montré l’intérêt de cette procédure qui permet, en particulier, une réduction importante des hospitalisations. Toutefois, d’autres travaux n’ont pas retrouvé cette efficacité, et d’autres encore ont même montré une augmentation significative du nombre d’hospitalisations liées au SIP !

Afin d’étudier l’ensemble des données disponibles, une équipe conduite par T. Burns, de l’Université d’Oxford, a réalisé une analyse par méta-régression (technique de méta-analyse multivariée) des essais randomisés évaluant les programmes de SIP pour les patients présentant des TPS (29 essais retenus). Les TPS comprenaient la schizophrénie ou les troubles schizophrénique-like, les troubles bipolaires et la dépression à caractère psychotique.

Cette analyse montre que le SIP réduit l’hospitalisation quand les équipes soignantes avaient tendance, au préalable,  à hospitaliser fréquemment les patients ou lorsqu’aucun système de suivi n’existait avant l’essai. Par contre, lorsque le recours à l’hospitalisation était déjà faible avant la mise en place du SIP, les auteurs ne notent pas de réduction significative des hospitalisations.

En conclusion, le suivi intensif des patients ayant des troubles psychiatriques sévères est efficace lorsque l’équipe soignante a souvent recours à l’hospitalisation pour gérer des situations de crise et l’est moins lorsque ce recours est déjà limité. Le bénéfice du suivi intensif des patients semble donc plus marginal lorsque l’équipe soignante s’est déjà adaptée à un faible nombre de lits d’hospitalisation disponible.

Dr Khodor Chatila

Référence
Burns T et coll. : Use of intensive case management to reduce time in hospital in people with severe mental illness: systematic review and meta-regression." BMJ 2007. Publication avancée en ligne le 13 juillet 2007.

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Vos réactions (1)

  • "Troubles psychiatriques sévères : le suivi intensif diminue-t-il la durée des hospitalisations ?"

    Le 08 août 2007

    Il est clair que le coût de la santé est important, mais il me semble que la qualité de vie du malade psychiatrique sévère et de son entourage est un critère plus important.
    Je regrette que de telles études, dont le coût n'est pas chiffré, n'intègre pas ce facteur.
    Quand les études statistiques seront-elles au service du patient et de son rentourage ?

    D.Vesperini Bounioux

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