Trouver sa moitié

Paris, le vendredi 11 octobre 2019 - Drôle d’endroit pour une rencontre. Ou finalement pas tant que ça, tant aujourd’hui les réseaux sociaux sont devenus un espace privilégié pour les préludes amoureux. Cependant, quand on songe à ces plateformes qui vous promettent de trouver l’âme sœur (ou plus si affinités), ce site est loin de faire partie des plus en vue. Ce fut pourtant pour eux le lieu de tous les débuts.

De Pologne…

Avant ce surf sur internet, avant ces quelques mots échangés, il y eut, à quelques années d’intervalle, pour chacun d’eux, un même évènement à la fois tragique et déterminant. Il avait 24 ans. Il vivait en Pologne dans le cadre du protocole Erasmus. Etudiant en droit, cette expérience étrangère devait lui donner le goût des échanges européens. Il est alors avec quelques amis dans un café quand il est terrassé par un Accident vasculaire cérébral (AVC). Les séquelles seront importantes : paralysé du côté droit, il restera surtout aphasique pendant plusieurs mois.

… à Paris

De l’autre côté de l’Europe, à Paris, quelques temps plus tard, Elise est alors une jeune étudiante en médecine. Elle se destine à l’endocrinologie et forme déjà de nombreux projets. Quand elle n’est pas à l’hôpital, elle se détend en multipliant les activités sportives. Cette année-là, elle a d’ailleurs pour ambition de participer à un marathon. Mais l’épreuve de fond qui l’attend est inattendue : alors qu’elle fait son jogging, elle est terrassée par un AVC. Son côté gauche reste paralysé.

Incrédulité

Louis et Elise sont des jeunes gens dynamiques et déterminés. Malgré l’angoisse provoquée par ce coup de tonnerre qu’est l’AVC, ils suivent patiemment leur protocole de rééducation. Ils réapprennent à marcher et Louis à parler. Les efforts sont récompensés. Mais Elise et Louis demeurent marqués par cette épreuve et souhaitent pouvoir échanger avec d’autres personnes ayant vécu la même histoire. Dire que l’on a été frappé par un AVC alors que l’on n’a même pas atteint la trentaine suscite souvent une certaine perplexité, voire l’incrédulité. Ces regards sont absents du groupe AVC jeunes survivants. Et c’est là qu’Elise et Louis se rencontrent.

Rêve commun

Premier à avoir été victime d’un AVC, Louis livre d’abord des conseils à Elise sur sa rééducation, l’encourage à ne pas baisser les bras, la félicite de poursuivre ses études médicales. Bientôt, les confidences vont plus loin et les internautes découvrent qu’ils ont le même rêve de sillonner l’Europe à bord d’un mini van. Pour eux, leur AVC ne doit pas être un frein à cette ambition. Quand ils franchissent le pas et cessent de n’être que des inconnus derrière des ordinateurs, Elise et Louis se plaisent. Elise et Louis se lancent ensemble sur la route de l’Europe. Pendant deux mois, à bord de leur mini van adapté pour leurs difficultés propres  (handicaps de l’un à droite et l’autre à gauche qui se complètent), ils ont sillonné l’Europe. Louis, qui a dû réapprendre totalement à parler, a manié en passionné de l’Europe les langues étrangères. Elise, en tant que futur médecin, a recensé les expérimentations médicales les plus intéressantes. Ils ont également tenu vingt conférences dédiées à la prévention de l’AVC, à la sensibilisation des jeunes et à la transmission d’un message essentiel concernant l’importance d’une prise en charge rapide. Ils ont raconté leur propre parcours, témoigné par leur seule présence de la possibilité de mener une vie trépidante après ça et évoquer également leurs espoirs.

Longue route

Ce voyage les a enrichis et leur a permis de mesurer les atouts de la France et certaines de ses limites. « Nous réalisons notre chance en France de bénéficier d’une sécurité sociale qui peut rembourser des séances d’orthophonie à vie, s’il le faut. Mais nous avons aussi à nous inspirer des autres pays. En Suisse, des infirmières formées à l’AVC interviennent en éducation thérapeutique auprès des familles » remarque ainsi Elise citée par La Croix. Aujourd’hui, le couple a terminé son périple : Louis a intégré l’Institut régional administratif de Metz où il a été admis et Elise après avoir soutenu sa thèse poursuit son dernier stage d’endocrinologie.

Quand ils pourront se rejoindre dans la même ville, ils pourront poursuivre leurs projets et continuer à transmettre leurs messages concernant l’AVC. Et sur d’autres sujets.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article