Trump et Macron : de charybde en Sida

©Antoine Henry, Aides

Paris, le lundi 24 juillet 2017 – Alors que les commentateurs politiques estiment que "l’état de grâce" est terminé pour le Président Macron et que son homologue américain est d’ores et déjà empêtré dans un certain nombre d’affaires, ces deux chefs d’Etat ont été au centre des polémiques qui n’ont pas manqué de poindre à l’occasion de l’ouverture hier à Paris de la conférence internationale sur le Sida.

Ils sont en effet tous deux accusés de "désengagement", le premier pour avoir "boudé" l’ouverture de ce congrès, le second en raison de ses déclarations annonçant sa volonté de diminuer les contributions financières américaines dans la lutte contre le virus.

Soulignons, en préambule, que cette 22ème conférence internationale réunira 6 000 spécialistes jusqu’à mercredi.

« Shame on Macron »

Dans la tradition de l’activisme antisida (qui a souvent porté ses fruits), les militants des associations (notamment Aides et Act-up) se sont livrés à un happening.

Ainsi, alors que le ministre de la Santé Agnès Buzyn allait prendre la parole, ils ont brandi des pancartes en lui tournant le dos et en criant « Shame on Macron ! » (Honte à Macron) ou encore « Macron, complice du sida ! » pendant plusieurs minutes. Ils fustigeaient ainsi la baisse de l’aide publique au développement dont les fonds servent en partie à la lutte contre le VIH et l’absence remarquée du Président de la République interprétée comme de l’indifférence.

« Je pense que la lutte contre le sida n'aurait pas été la même sans les activistes, donc merci à eux », leur a répondu, magnanime, le ministre…ce qui ne l’aura pas empêché d’être régulièrement interrompu durant les vingt minutes de son discours !

Réagissant à cette algarade, Emmanuel Macron a fait modifier à la hâte son agenda de lundi après-midi pour recevoir Florence Thune, directrice générale de Sidaction, Linda-Gail Bekker, présidente de l'International Aids Society, François Dabis, directeur de l'ANRS et Yves Levy, directeur de l'Inserm et du programme de recherche Vaccine Institute Research. Les représentants des associations et notamment des deux plus emblématiques Aides et Act up n’ont pas été conviés et apprécieront…

Donald Trump dans le collimateur des chercheurs

Les organisateurs de la conférence, l’International AIDS Society (IAS) et l’Agence française de recherche sur le sida (ANRS), ont pour leur part avant l’ouverture de ce congrès publié une Déclaration de Paris pour exprimer leurs craintes. « Pas de fin du VIH sans la recherche et pas de recherche sans des investissements pérennes », proclame ce texte, qui s’il ne cite pas explicitement Donald Trump pointe l’annonce de réductions de financements américains des programmes antisida (d’environ un milliard de dollars).

Rappelons néanmoins que les Etats-Unis sont historiquement le plus gros contributeur à la lutte contre le VIH et qu’ils représentent à eux seuls plus des deux tiers des financements gouvernementaux internationaux.  L'an dernier, ils ont ainsi consacré 4,2 milliards d'euros à ce combat, loin devant le Royaume-Uni avec 645,6 millions et la France avec 242,4 millions.

Une conférence qui s’ouvrait pourtant sous les meilleurs auspices…

Ces interpellations contrastent avec les "bonnes nouvelles" qui auraient pu présider à l’ouverture de cette conférence. « Nous sommes en train de parvenir à détruire la colonne vertébrale de l’épidémie » a ainsi souligné Michel Sidibé, président de l’ONUSIDA, en marge de la publication du récent rapport, plutôt optimiste, de cette organisation.

Sur le plan scientifique, de nombreuses pistes prometteuses seront discutées durant ce congrès, notamment les différents travaux qui visent à élaborer un "vaccin thérapeutique" ou le développement de nouveaux antirétroviraux à longue durée d’action qui permettront peut-être des prises en charge différentes et de véritables rémissions (temporaires ou définitives). Ces dernières, aujourd’hui marginales (une quinzaine tout au plus de patients dont la charge virale demeure indétectable après une longue période d’arrêt des traitements) seront aussi au centre des discussions. 

Frédéric Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article