Tuberculose XDR : deux nouvelles inquiétantes plus un appel à solidarité

La tuberculose XDR (extremely drug resistant) poursuit une sinistre progression que rien ni personne ne semble pouvoir stopper. On en serait maintenant, si on en croit l’OMS, à 490 000 nouveaux cas par an -soit 5 % de l’ensemble des tuberculoses- et 110 000 décès. Certains pays sont particulièrement touchés, comme l’Azerbaïdjan ou la Moldavie, avec des prévalences autour de 20 %, et des souches ont maintenant été mises en évidence dans 45 pays. « Si nous ne nous attaquons pas à ce problème de manière agressive, nous perdrons la bataille » affirme M. Raviglione, du Stop TB department de l’OMS. Le seul ennui est que les fonds nécessaires sont estimés à 4,8 milliards d’US $, et donc qu’on manque d’au moins 2, 5 milliards…

La seconde nouvelle inquiétante, qu’on peut lire deux pages plus loin, dans ce même numéro d’avril du Lancet Infectious Diseases, c’est qu’il semblerait que malgré des investissements financiers importants, aucun nouvel antituberculeux n’ait pu être proposé ces dernières années. Ce qui évidemment met en danger le plan global de l’OMS de diviser par deux la prévalence de la tuberculose d’ici 2015. Une nouvelle a priori très décourageante mais qui, curieusement, ne reflète peut-être pas tout à fait la réalité, les entreprises du médicament rechignant à partager leurs découvertes ou même simplement à publier des résultats préliminaires qui pourraient donner des idées à la concurrence. Il suffirait donc, si l’on en croit Brahmachari, DG de l’Indian Council of Scientific and Industrial Research (New Delhi), de proposer un site dédié accessible à tous les chercheurs de bonne volonté désirant coopérer. Cette nouvelle  approche, dite de copyleft agreement (jeu de mot sur copyright) autoriserait ceux qui partagent cet idéal et qui sont prêts à divulguer les résultats de leurs travaux d’utiliser sans crainte ceux des autres. Aucun doute, selon notre DG, que le partage consenti de la propriété intellectuelle ne permette, dans un laps de temps raccourci, de développer ces anti tuberculeux dont on a si grand besoin.

Utopiste ?  La tuberculose ne représente qu’un petit marché pour les entreprises malgré les énormes coûts financiers et humains qu’elle induit. Une coopération acceptée et revendiquée pourrait donc, in fine, se traduire par plus de bénéfices que d’inconvénients. Reste que l’idée n’est pas complètement novatrice, puisque la « Global Alliance for TB Drug Development », à laquelle participent quelques majors du médicament, fonctionne sur un principe un peu comparable ; et qu’elle ne permettrait pas de combler le manque de travaux fondamentaux ou d’essais à mener dans les pays qui en ont le plus besoin. Sans doute. Mais on peut effectivement penser que seul un fort renforcement de la coopération internationale permettra –peut-être- de vaincre un jour ce fléau moderne qu’est la tuberculose XDR.

Dr Jack Breuil

Références
Hargreaves S : WHO report alarming rise of resistant tuberculosis. Lancet Infectious diseases 2008; 8: 220

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