Un anesthésiste de Besançon soupçonné de sept empoisonnements

Besançon, le mercredi 8 mars 2017 - Frédéric P. est un anesthésiste réanimateur, âgé de 45 ans, qui travaillait depuis 2004 au sein de la clinique Saint-Vincent à Besançon, établissement qui bénéficie d’une très bonne réputation. L’homme est apprécié de ses confrères et de sa hiérarchie. C’est un « garçon très professionnel, très au fait des nouvelles techniques et sur le travail duquel nous n'avions jamais rien eu à redire », décrit le Dr Dreyfus Schmidt, président du comité médical de l'établissement. Pourtant, à plusieurs reprises ces dernières années, des situations troublantes se sont produites systématiquement en présence du praticien. En 2008 et 2016, un homme de 53 ans qui subissait une intervention rénale et une femme de 51 ans, hospitalisée pour une fracture étaient morts dans des conditions inexpliquées. Par ailleurs, en 2009, des investigations avaient été conduites après « trois évènements graves » survenus dans une clinique du même secteur où le praticien avait exercé pendant quelques semaines. Cependant, l’enquête avait été classée sans suite. Et la réputation du praticien n’est pas apparue profondément entachée.

Une enquête en cours sur 40 autres cas suspects

Le doute est revenu hanter les équipes quand début janvier un patient endormi pour subir une intervention chirurgicale sans gravité est victime d’un problème cardiaque grave. L’homme est immédiatement réanimé avec succès par Frédéric P. Des analyses réalisées révèlent la contamination des poches de perfusion par de fortes doses de potassium et d’anesthésique. L’établissement fait alors procéder au changement de tout son matériel. Mais le 20 janvier, une situation similaire se répète, une nouvelle fois en présence de l’anesthésiste. L’étau se resserre alors et une enquête policière débute, qui bientôt confirme que dans ces deux cas au moins, l’introduction des substances ne pouvait relever que d’un acte « intentionnel et prémédité » selon le vice-procureur de Besançon, Christine de Curraize.

En début de semaine, l’homme a été mis en examen pour sept empoisonnements dont deux mortels. Il a été laissé en liberté provisoire sous contrôle judiciaire (ce qui étonne certains). Le praticien nie les faits, mais d’autres pourraient lui être imputés. Une quarantaine de cas suspects, dont une vingtaine mortels, survenus au sein de l’établissement ces dernières années, sont en effet actuellement passés en revue. En aucun cas, ces événements ne peuvent être considérés comme une forme d’accompagnement de la fin de vie, s’agissant de patients relativement jeunes et ne présentant généralement pas de pathologie sévère. Les inspecteurs relèvent que la motivation de l’anesthésiste pourrait d’avoir recherché l’adrénaline de la réanimation en exposant ses patients à de tels dangers.

M.P.

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Vos réactions (2)

  • Cluedo

    Le 09 mars 2017

    Tout le matériel a été changé. Donc les professionnels ont été informés et ont été partie prenante de la décision. Sans vouloir jouer au Cluedo je chercherai le coupable dans les auxiliaires de santé.

    Dr Watson

  • Arrèter les perfusions au moindre doute

    Le 14 mars 2017

    Qui donc a vu ce praticien introduire des produits dangereux dans les perfusions du service de réanimation ? Il serait étonnant que ce ne soit personne. Tout se voit au bloc comme au réveil.

    Dans ce cas, pourquoi cet auxiliaire n'y a pas mis un terme immédiatement ? Complicités entre lui et les infirmières ? Obéissance simple à un supérieur ? Bizarre !

    N’empêche que les analyses répétées des poches de perfusion pour y trouver du K et des anesthésiques jettent un trouble.

    Pour ma part, à la suite du décès inexplicable de l'une de mes opérées, j'ai fait immédiatement doser les poches de perfusion pour y trouver de l'insuline qui n'avait pas lieu de s'y trouver.

    L'infirmier interrogé et responsable a avoué qu'il avait cru bien faire car c'était du G 10 qui passait. C'était certes la recommandation des écoles d'infirmières autrefois.

    Cependant quand il est trois heures du matin voir une opérée frissonner aux premières gouttes d'une transfusion ou voir des convulsions chez une opérée non diabétique dans ces deux cas mieux vaut arracher les perfusions sans tarder.

    Dr Jean Doremieux

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