Un collectif de pharmaciens dénonce l’immobilisme de la profession

Paris, le mercredi 16 novembre 2016 - Déjà à l’origine d’une pétition sur Internet en juillet dernier pour s’opposer à la proposition d’introduction d’une clause de conscience par l’Ordre national des pharmaciens, un collectif d’une cinquantaine de pharmaciens actifs sur le réseau social Twitter récidive avec 10 propositions concrètes et parfois détonantes pour réformer leur profession.  Dans une tribune publiée sur le site d’opinions de L’Obs, ils dénoncent notamment le fait que « ce qui est rentable c'est de vendre des boîtes, pas de prendre le temps d'être le spécialiste du médicament ».

Partant du constat qu’aujourd’hui, « si le pharmacien refuse de délivrer une boite de médicament, il perd de l’argent », le collectif estime que pour promouvoir les soins pharmaceutiques, la structure de rémunération doit être complètement repensée : « La rémunération du pharmacien doit récompenser les actes pharmaceutiques de qualité et non pas le "vendeur du mois" ». Ainsi, selon eux, toute opinion pharmaceutique visant à améliorer la qualité de l’ordonnance ou toute intervention pour éviter des interactions, un surdosage ou des effets indésirables devrait être rémunérée. Considérant que le refus de délivrance est « l’une des composantes fondamentales de l’acte pharmaceutique », ils demandent que cet acte soit valorisé. Ainsi, « Intervention, Opinion et Refus pharmaceutique deviendraient de nouveaux actes » aptes à réduire la surconsommation et les effets indésirables et « seraient financés par une partie des économies réalisées grâce à l’amélioration de la qualité des dispensations ».

Des compétences inutilisées en France

L’argumentaire est clair : « Nous n'avons pas fait pharmacie pour devenir le meilleur vendeur du mois ou pour faire les meilleures offres promotionnelles (mais) pour aider les patients à prendre leur traitement dans les meilleures conditions et être leur référent et leur filet de sécurité face aux médicaments ». Bien qu’ils rappellent détenir déjà ces compétences, ils déplorent qu’en France, on ne leur permette pas de les utiliser : « Nous avons fait six ans d’études (…) pourtant, nous ne pouvons pas proposer aux patients français les mêmes services qu’aux Pays-Bas, en Allemagne, en Suède, au Danemark aux États-Unis ou au Canada ».

En plus d’autres propositions visant à étendre le droit de substitution à toute une classe comportant des médicaments comparables traitant une maladie de la même manière, à rendre la pilule contraceptive et d’autres médicaments jugés essentiels accessibles sans ordonnance ou de dérembourser l’homéopathie, le collectif réclame également le droit pour les pharmaciens de pouvoir ajuster et prolonger l’ordonnance d’un médecin afin d’éviter une interruption de traitement. Le mot d’ordre en la matière est : « Nous ne voulons plus faire des dépannages de renouvellement d'ordonnance sans un cadre légal ». Si certaines de ces propositions comme le droit pour les pharmaciens de pratiquer la vaccination sont déjà défendues par l’Ordre national des Pharmaciens et les syndicats, d’autres sont encore inédites. Pour ce collectif, « une profession grandit lorsqu’elle obtient de nouveaux droits pour les patients ».

Benoît Thelliez

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article