Un dysfonctionnement thyroïdien maternel peut-il favoriser le TDAH et l’autisme ?

Les troubles du neuro-développement concernent environ 10 % des enfants. Ils se caractérisent par des dysfonctionnements physiques, cognitifs, psychiques, et du comportement. Par leur fréquence et leur gravité, ils constituent un problème de santé publique. Leur étiologie peut être génétique mais également environnementale. Il est établi que les hormones thyroïdiennes sont essentielles au développement précoce du cerveau. Ainsi, des taux anormaux d’hormones thyroïdiennes maternelles pourraient nuire au développement du cerveau du fœtus. Les données de la littérature sont limitées et controversées.

D’où l’intérêt de cette étude de cohorte représentative de la population qui a été effectuée au Danemark afin d’examiner l’association entre d’une part les troubles thyroïdiens maternels (hyper et hypothyroïdie), et d’autre part, le trouble de déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et les troubles du spectre autistique (ASD) chez l’enfant. Les troubles thyroïdiens paternels ont aussi été recherchés afin d’évaluer la part de l’influence génétique.

Les informations sur le diagnostic et/ou traitement de la maladie thyroïdienne maternelle et les troubles de neuro-développement TDAH et ASD chez l’enfant ont été obtenues à partir des registres nationaux danois. Les critères de jugement principal étaient le TDAH et l’ASD chez l’enfant.

Au total 857 014 singletons nés vivants entre 1991 et 2004 et habitant au Danemark, à l’âge de 3 ans, ont été inclus dans cette étude. Parmi ces singletons, 30 295 (3,5 %) étaient nés de mères présentant un dysfonctionnement thyroïdien. L’hyperthyroïdie maternelle diagnostiquée et traitée pour la première fois après l’accouchement était associée à une augmentation du risque de TDAH (HR [Hazard ratio] ajusté =1,23 ; intervalle de confiance à 95 % de 1,05 à 1,44), tandis que l’hypothyroïdie était associée à une augmentation du risque d’ASD (HR ajusté = 1,34 ; IC95 de 1,14 à 1,59). Aucune association n’a été observée en cas de diagnostic et de traitement d’un trouble thyroïdien chez la mère avant l’accouchement. Aucune association significative n’a été trouvée entre le dysfonctionnement thyroïdien paternel et le risque de TDAH ou d’ASD chez l’enfant.

En conclusion, cette étude a permis d’observer un lien entre des troubles thyroïdiens maternels diagnostiqués après l’accouchement et les troubles spécifiques du neuro-développement des enfants. Cette observation laisse supposer que ces troubles thyroïdiens identifiés après l’accouchement existaient déjà pendant la grossesse, sans avoir été identifiés, et que ces fœtus avaient été exposés à des taux anormaux d’hormone thyroïdienne maternelle. Cette étude suggère donc que les dysfonctionnements thyroïdiens de la mère pendant la grossesse pourraient augmenter le risque de troubles du neuro-développement de l’enfant. Ce résultat encourage un dépistage systématique des troubles thyroïdiens au cours de la grossesse.

Dr Viola Polena

Référence
Andersen SL et coll. : Attention deficit hyperactivity disorder and autism spectrum disorder in children born to mothers with thyroid dysfunction: a Danish nationwide cohort study. BJOG 2014 ; Publication avancée en ligne le 10 mars 2014.

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