Un homme et une femme

Paris, le samedi 25 mai 2019 – Claude Lelouch nous propose de retrouver les héros flamboyants d’Un homme et une femme. De retracer la vie de deux êtres qui se sont enlacés sur une plage à Deauville il y a 63 ans et qui ont incarné une forme d’amour à la fois ordinaire et extraordinaire. D’évoquer les "plus belles années d’une vie". De caresser les rides, les années et les âges.

Au-delà de l’accident

Ce film n’existera pas pour Rachel et Vincent. Pour eux, il n’y a plus de temps. Il y aura sans doute des rides, il y a évidemment des années. Mais le temps, lui, s’est figé un jour de septembre 2008. Vincent avait 32 ans et Rachel 27 ans. Pourtant, comme pour les héros d’un homme et d’une femme, leur histoire d’amour était leur plus grande force. Celle que Rachel a toujours voulu défendre : « J’ai lu tellement de choses fausses et blessantes, insultantes, je voulais qu’il reste quelque chose de notre vérité et de la beauté de notre histoire d’amour qui ne se limite pas à cet accident » expliquait-elle par exemple au moment de la sortie de son livre en 2014 Vincent : Parce que je l’aime, je veux le laisser partir.

Auprès des plus fragiles

Signe sans doute de la force de leurs liens, les récits que l’on peut lire sur l’histoire de Rachel et Vincent différent quant à celui qui le premier a été happé par le charme de l’autre. Est-ce Rachel qui, étudiante en soins infirmiers, a été immédiatement séduite par son aîné de cinq ans et qu’elle croyait inaccessible ? Ou Vincent qui a tout de suite été conquis par la douceur de la jeune femme ? Les écrits sur la personnalité de Rachel et de Vincent sont souvent influencés par la conviction des auteurs quant à la pertinence de poursuivre ou non les soins qu’il reçoit. Mais quelques invariants demeurent : tous disent combien ils étaient tous deux mus par la volonté de venir en aide aux plus vulnérables et c’est pour cela qu’ils avaient choisi d’être infirmiers en psychiatrie.

On ne sera jamais vieux

Vincent avait vécu une enfance particulière, dans une famille recomposée, composant avec les paradoxes : inspirée par un catholicisme traditionnaliste alors que l'infidélité de Viviane avait d’abord destiné à Vincent un père qui n’était pas son géniteur, jusqu’à ce que ce dernier, épousant sa mère, le reconnaisse. Vincent avait probablement été marqué par cette histoire familiale et ce que beaucoup décrivent comme son humour noir (« Vincent aurait adoré l’affaire Vincent Lambert » assure son neveu cité par Le Parisien) était probablement une réponse à ces décalages, à ces incohérences. Celui qui, avait longtemps hésité à devenir père, à cause de cette histoire particulière sans doute mais aussi parce qu’en motard romantique il s’était convaincu qu’il allait mourir jeune, venait d’assister à la naissance de sa petite fille. Désormais, il commençait à dire en souriant : « Quand on sera vieux ». Mais Vincent ne sera jamais vieux. Même s’il vieillira peut-être.

Réanimation

« Les premiers jours après l’accident, je ne pensais qu’à deux choses : que Vincent reste vivant et ne pas mourir de chagrin. Tant qu’il était sous sédatifs, j’attendais son réveil, pour enfin pouvoir interagir avec lui. Et puis on a arrêté la sédation et je l’ai vu enrouler ses bras » écrit Rachel dans son livre. Mais la jeune femme, qui a rapidement mis fin à sa carrière pour prendre soin de son mari, continue sans relâche à aller le voir chaque jour, à tenter de le stimuler, à une époque où les autres proches de Vincent Lambert sont moins présents. Mais les années se sont étirées. Et Rachel n’a plus jamais entendu Vincent plaisanter ou bougonner. Pas plus qu’elle n’a pu percevoir dans son retard une trace, un signe. Les médecins ont commencé à interroger Rachel : fallait-il le réanimer en cas d’incident ? Elle a dû répondre par la négative, se souvenant de celui qui jeune marié lui avait fait promettre qu’elle ne le laisserait pas demeurer « un légume ». « La phrase la plus dure de toute ma vie », se souvient Rachel. Et quand les médecins lui ont annoncé leur décision d’arrêter les soins, Rachel a accepté.

Divorce

Alors qu’elle avait déjà vécu l’horreur, le basculement en enfer, la jeune femme est encore moins préparée aux années de hargne qui vont suivre. Si elle a toujours tenté de conserver un ton courtois à l’égard de ses beaux-parents, elle a ressenti comme la pire des blessures les démarches engagées par ces derniers : l’engagement d’un détective privée probablement pour déterminer si elle avait un amant, la procédure pour obtenir la tutelle de Vincent. En public, les parents assurent qu’ils comprennent la douleur de la jeune femme et qu’ils sont là pour « prendre le relais ». Mais le seul lien qui existe encore entre Rachel et Vincent, au-delà de la perte totale de leur intimité, est ce mariage. Pour Rachel, un divorce serait l’ultime douleur. « S’ils obtiennent la tutelle, on m’aura arraché le peu qui nous reste de notre relation, à Vincent et à moi, et une part de mon identité. Comme si on m’imposait un divorce à mon insu » écrivait-elle au moment de la bataille autour de la mise sous tutelle de Vincent (c’est finalement Rachel qui en est la tutrice). Demeurer, en dépit du temps qui ne passe pas, cet homme et cette femme.

Aurélie Haroche

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