Un livre choc sur le harcèlement sexuel à l’hôpital

Paris, le mercredi 13 février 2019 - Cécile Andrzejewski, journaliste qui collabore notamment avec Mediapart, publie aujourd’hui un livre qui pourrait bien provoquer des remous dans la communauté hospitalière, au même titre qu’il y a deux ans Omerta à l’hôpital du Dr Valérie Auslender.

Baptisé Silence sous la blouse, l’ouvrage collige une dizaine de témoignages de professionnelles de santé (en milieu hospitalier) victime de harcèlement et d’agressions sexuelles. Il vise, en particulier à dénoncer l’impunité dont les agresseurs bénéficieraient…

L’hôpital français : une fabrique de pervers ?

La présentation de l’éditeur évoque : « dans un grand hôpital, Justine, infirmière, est soulevée du sol par un chirurgien qui l’embrasse de force. Ailleurs, Jessica et d’autres soignantes se plaignent d’avoir dû étaler de la crème sur le corps et les fesses d’un anesthésiste. À l’autre bout de l’Hexagone, L. et ses collègues sont menacées à coups de pieds dans le bloc. Ailleurs encore, Laurie, technicienne de labo, subit fessées et caresses de la part de son chef biologiste. Toutes ces employées ont en commun d’avoir été agressées et d’avoir tenté d’alerter. Ceux qui leur font face, supérieurs ou collègues, partagent la même impunité : ils ont été couverts par leurs confrères et leur hiérarchie ».

Alors que de nombreux milieux paraissent avoir été touchés par des phénomènes proches, comme l’ont encore mis en évidence des révélations récentes, certains considèrent cependant, à l’instar d’une femme neurologue témoignant dans le Parisien : « l’hôpital français fabrique ces gens pervers ».

Lutte des classes et lutte des sexes

Cécile Andrzejewski juge également que « même si l’hôpital est un lieu majoritairement féminin aujourd’hui, les postes de pouvoir, qu’ils soient médicaux ou administratifs, restent occupés par des hommes. Il existe donc un rapport de force asymétrique entre une majorité de travailleuses et une minorité de chefs de sexe masculin. Une culture de longue date favorise aussi ces comportements. Les infirmières, qui étaient à l’origine exclusivement des femmes, ont été formées à obéir sans discuter aux médecins, même si, comme je l’ai appris au cours de cette enquête, ils ne sont pas leur chefs directs. Leur vraie responsable hiérarchique est en effet une cadre de santé, elle-même infirmière auparavant. Mais ces cadres, le plus souvent, ont intériorisé l’idée qu’on ne discute pas l’ordre d’un médecin

La chroniqueuse dénonce par ailleurs le fait que les « auteurs [soient] couverts par leur hiérarchie ».

Agnès Buzyn aussi

Gageons que ce récit recevra un certain écho auprès du ministère de la santé. Agnès Buzyn avait en effet déclaré il y a quelques mois avoir été concernée par des « comportements très déplacés » lorsqu'elle était hématologue à l'hôpital Necker, « des chefs de service qui me disaient : viens t'asseoir sur mes genoux, des choses invraisemblables qui faisaient rire tout le monde ». D’ailleurs, la direction générale de l’offre de soins explique que « le ministère est mobilisé contre toutes les formes de violences ».

Plus que des témoignages, il faut des chiffres

Néanmoins, contacté par Le Parisien, l’Ordre des médecins estime prématuré de réagir. Pour l’heure, le recensement des violences sexuelles n’a pas été une priorité de l’Ordre. Face à ces lacunes, Cécile Andrzejewski souhaite qu’une véritable étude soit menée par les autorités. Or, sur ce point il ne semble exister que les travaux de l’ISNI (l'Intersyndicale nationale des Internes) dont une enquête concluait que 61% des étudiantes en médecine avaient été victimes de « sexisme ». Des données pour le moins lacunaires qui ne permettent pas de poursuivre une réflexion étayée sur cette problématique.  

F.H.

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Vos réactions (6)

  • Souvenirs

    Le 13 février 2019

    Eh oui! J'ai de très mauvais souvenirs et de plus très précis du temps où j'étais étudiante !

    Dr S

  • Scandale !

    Le 13 février 2019

    "Les infirmières, qui étaient à l’origine exclusivement des femmes, ont été formées à obéir sans discuter aux médecins, ..."
    Fake New...
    Lors d'un de mes premiers stages d'interne, j'avais proposé à quelques infirmières du service de m'accompagner au concours agricole organisé au chef-lieu du canton voisin, en promettant de partager la prime de 5 NF (un peu moins de 1 Euro) par volaille exposée, finalement malgré mes efforts de séduction et tentatives de harcèlement, aucune n'a accepté!

    Dr V

  • Ne rien attendre de l'Ordre

    Le 14 février 2019

    Il y a 40-45 ans, pendant mes études médicales, la situation était la même, notamment dans les internats - ce pourquoi, entre autres raisons (discours rétrogrades de tous ordres, démarchages de l'industrie pharmaceutique, etc.), j'ai très vite décidé de ne pas les fréquenter. D'autant plus facilement, d'ailleurs, que les hommes qui dénonçaient ces violences sexuelles, ou qui refusaient de s'y associer, étaient aussitôt ostracisés par les "confrères" les plus agités et bientôt contournés par les plus passifs et dociles. Heureusement, les réfractaires - hommes et femmes - que nous étions trouvaient d'autres occasions de se retrouver et de construire d'autres visions de nos futurs métiers, en lien avec les infirmier-e-s, aides-soignants, brancardiers, etc. Nous avons continué par la suite.

    Ceci étant, pourquoi attendre de l'"Ordre des médecins", structure nauséabonde et réactionnaire (et très majoritairement masculine), qu'il se positionne au sujet des violences sexuelles à l'hôpital ? C'est à la justice de le faire, et à nulle autre. Il n'y a rien à attendre, dans ce domaine comme dans tant d'autres, de cette institution corporatiste, couteuse et inutile qui usurpe l'idée-même de l'ordre.

    Frédéric Jésu
    (médecin retraité et depuis lors délivré de l'obligation de la cotisation/racket et de l'inscription subie à l' "Ordre des médecins")

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