Un logiciel censé prédire le risque de césarienne suscite l’indignation des spécialistes

Paris, le vendredi 1er février 2019 – L’obstétrique est un champ propice aux initiatives hasardeuses. L’anxiété des parents mêlée à leur impatience est telle qu’ils peuvent facilement accorder leur confiance dans des procédés non validés et parfois très onéreux. On se souvient ainsi comment l’échographie en trois dimensions (également parfois appelée "échographie spectacle") a longtemps suscité les réticences des gynécologues obstétriciens. Le logiciel SIM37 s’inscrit dans cette lignée et connaît même une dimension plus inquiétante en raison de ses allégations médicales (qui étaient quasiment absentes pour l’échographie en 3D).

Simulation du jour J

Le risque de césarienne représente tant pour les futures mères que pour les équipes une préoccupation majeure. On le sait, il est absolument impossible de prévenir complètement la nécessité d’une telle intervention. Cependant, quand des contraintes anatomiques sont en cause, observations et mesures réalisées par les gynécologues et les sages-femmes permettent dans un certain nombre de cas d’anticiper l’utilité d’une césarienne. Des recherches sont actuellement en cours en vue de mettre au point des modèles mathématiques plus performants. Affirmant s’inscrire dans cette lignée et forts de son expérience, le docteur Olivier Ami, qui est membres du Centre national professionnel de gynécologie et obstétrique et fondateur de l’association mondiale des internes en gynécologie obstétrique a développé un logiciel qui à partir des données obtenues par IRM permettrait de calculer le risque de césarienne. Le site SIM37 précise que le dispositif « évalue la morphologie et les dimensions du canal de naissance de la mère et celle du bébé, et grâce à la puissance de calcul, simule virtuellement leur confrontation, soit l’accouchement comme il se passerait le jour J ».

Des postulats médicaux et scientifiques contestés

Ces explications sibyllines n’ont guère été davantage complétées. L’Institut de Recherches et d’Actions pour la Santé des femmes (IRASF) indique ainsi qu’interrogé sur le dispositif Olivier Ami n’a pas pu répondre aux questions : « A partir de combien de degrés de chevauchement du crâne du fœtus cela devient-il dangereux ? Comment mesurez-vous l’extension maximale du canal vaginal ? ». Par ailleurs, différentes déclarations d’Olivier Ami révèlent des « postulats » médicaux qui apparaissent souvent dénués de fondement. Ainsi, le praticien affirme d’une part que « la disproportion entre le canal vaginal et la tête du fœtus » peut-être à l’origine d’autisme, d’hémorragies cérébrales ou encore avoir des conséquences sur le QI des enfants. Il assure par ailleurs que « c’est à cause des césariennes que la sélection des femmes capables d’enfanter par voie basse ne s’est pas faite », ce que ne corroborent absolument pas les études paléoanthropologiques et dénotent une vision enfantine de l’évolution ! En dépit de ces présupposés discutables, SIM37, par le biais de la société Baby Progress, est aujourd’hui proposée aux patientes de quelques cliniques privées parisiennes, dont la Clinique de la Muette où exerce le docteur Ami (où comme l’a rappelé l’IRASF le taux de césarienne est un des plus élevé de France !). Selon une première version du site SIM37, l’examen était facturé 900 euros et n’est évidemment nullement pris en charge par la sécurité sociale.

Une méthode de « divination » sans aucune preuve scientifique

Cette situation suscite aujourd’hui l’indignation et l’inquiétude du Collège national des gynécologues obstétriciens français (CNGOF) et de l’IRASF. Le CNGOF insiste sur « l’absence de preuves scientifiques justifiant de proposer cette méthode aux femmes enceintes. En effet, ce procédé n’a jamais fait l’objet d’une évaluation pertinente et sérieuse. Il n’existe aucune étude publiée dans des revues à comité de lecture permettant de vérifier les hypothèses proposées ». L’organisation s’émeut également du « coût (…) excessif » de l’examen « à l’heure où les inégalités de santé se creusent ». Plus virulent, l’IRASF dénonce tout d’abord l’instrumentalisation par le docteur Olivier Ami de la lutte contre les violences obstétricales et évoque concernant SIM 37 une méthode de « divination » ! L’IRASF souhaite par ailleurs obtenir des garanties quant au recueil du consentement des patientes ou encore « la preuve du dépôt du projet d’étude ». Il attend d’une manière générale des précisions sur le protocole d’étude mis en place par l’équipe du docteur Ami.

Un examen soudainement devenu gratuit !

Les réponses proposées dans un communiqué de SIM37 ne satisferont sans doute pas totalement le CNGOF et encore moins l’IRASF. SIM37 assure pourtant vouloir « collaborer avec le CNGOF et la communauté médicale afin de co-valider les résultats des recherches rigoureusement menées » et promet que les travaux en cours feront l’objet d’une publication médicale. Enfin, concernant l’épineuse question du prix, semblant démentir des informations présentes sur son site, ce qui ne manque pas d’intriguer l’IRASF, SIM37 énonce aujourd’hui que « 900 patientes ont pu obtenir le résultat du calcul de SIM 37 à titre gratuit ». Sans doute ces revirements et le manque de précisions nécessitent-ils une investigation plus poussée. L’intervention des autorités sanitaires est donc attendue.

Aurélie Haroche

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