Un maire a raison de dire ça

Granby, le samedi 14 mars 2020 - Si les élections municipales doivent se dérouler en France dans des conditions très particulières qui n’ont laissé que peu de place à la campagne, les maires sont cependant nombreux à s’interroger sur les limites qu’ils doivent observer concernant l’exposition de leur vie privée. A la différence en effet du député ou des élus départementaux et régionaux, le maire a souvent une relation de proximité privilégiée avec ses habitants. Dans les petites villes, une certaine familiarité peut parfois s’imposer, qui s’estompe lorsque la population est plus importante mais sans cependant complètement disparaître. L’implication du maire dans l’organisation de la vie quotidienne (écoles, commerces, voirie) est à l’origine de cette relation plus intime.

Le maire, c’est moi

Est-ce pour cette raison que Pascal Bonin ne s’est pas tu ? Nous ne sommes pas en France, mais au Québec dans une ville d’un peu plus de 66 000 habitants, à Granby, située dans la Haute-Yamaska. Pascal Bonin a emporté les élections municipales en 2013 en concentrant notamment son programme sur l’allègement de ce que l’on appelle au Québec la « tâche fiscale », ce qui ne l’empêche pas aujourd’hui de continuer aujourd’hui à être sollicité sur le sujet. Apprécié, Pascal Bonin a cependant suscité l’étonnement de ses électeurs il y a quelques semaines en présidant un conseil municipal animé où il n’a pas manqué de sermonner durement les élus de la ville et les salariés de la municipalité. Leur reprochant de sembler plus certainement travailler pour leur propre intérêt que pour celui de la ville, il avait tonné : « Depuis 2017, il y a beaucoup trop de maires à la table du conseil, pas assez de conseillers. Dès mon retour, il n’y aura plus qu’un maire ».

Ça ne se dit pas en politique

Dans une vie politique habituée à des échanges courtois, ces mots avaient résonné très durement, d’autant plus qu’ils étaient prononcés par un maire absent depuis plusieurs mois, pour des raisons de santé. Enfin, ce lundi 9 mars, l’édile a pu faire son retour tant attendu. Ce dernier lui a tout d’abord permis de s’exprimer sur ses emportements ; qu’il a notamment expliqués par la pathologie dont il est atteint : une dépression nerveuse l’a écarté pendant plusieurs mois de sa mission. Pascal Bonin a tenu à s’exprimer sans tabou sur cette maladie, décrivant ses crises d’angoisse, l’isolement, la peur permanente. Si après plusieurs mois de prise en charge et a-t-il expliqué d’un long travail sur lui-même, Pascal Bonin a choisi d’évoquer son état de santé c’est par volonté de lutter contre un tabou persistant. « Je trouve qu’il y a beaucoup de préjugés, de méconnaissance autour de la maladie mentale » a-t-il remarqué observant encore : «Je n’avais jamais entendu un politicien dire, effectivement, je suis atteint d’une maladie mentale. Ça ne se dit pas en politique ».

Transparence gagnante

Cette prise de parole a été bien accueillie par la classe politique québécoise ainsi que par les administrés de Granby qui ont apprécié cette franchise, tandis que pour l’heure la continuité des services municipaux a été parfaitement assurée. Les excuses prononcées par Pascal Bonin pourraient même avoir contribué à resserrer les liens autour de l’équipe municipale. Mais il faut dire que le maire de Granby n’en est pas à sa première confession publique de ce type. Il y a quelques années, après une allusion d’un participant lors d’une conférence de presse, il avait admis avoir souffert d’alcoolisme pendant de nombreuses années. Une pathologie qu’il n’a d’ailleurs jamais cachée, présentant par exemple sur sa page Facebook, les « jetons » accumulés à chaque nouvelle période d’abstinence. Pour l’heure, cette transparence a su séduire les habitants de Granby, tandis que l’édile est salué dans le pays comme un exemple de la lutte contre la stigmatisation des addictions et des pathologies mentales.

Aurélie Haroche

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