Un mélanome et des auto-anticorps

Quelques études ont déjà souligné l’amélioration du pronostic (allongement de la survie globale et de la survie sans récidive) en cas de manifestations cliniques et/ou biologiques d’auto-immunité chez les patients atteints d’un mélanome métastatique, traité par interféron. De même au cours des essais menés avec l’ipilimumab (anticorps monoclonal antagoniste de l’antigène CTLA4, cytotoxic T-lymphocyte antigen-4), l’apparition de signes d’auto-immunité a été associée à une meilleure réponse tumorale.

Mais l’effet bénéfique apparent du développement d’une auto-immunité sur l’évolution du mélanome métastatique existe-t-il également en dehors de toute immunothérapie ? Répondant à cette question, une équipe de Lille rapporte les résultats d’une étude prospective menée entre 2007 et 2008 chez les malades suivis pour mélanome de stade IV dans leur service. Tous ont bénéficié périodiquement d’un dosage d’anticorps anti-nucléaires (AAN) et d’anticorps antithyroïdiens (AAT). Même les taux en dessous des seuils pathologiques ont été pris en compte.

Parmi les 106 malades étudiés (44,3 % de femmes) le mélanome primitif n’était pas connu dans 16 % des cas, 6,6 % souffraient de dysthyroïdie et 7,5 % avaient été traités par immunothérapie (interféron, anti CTLA4). Des auto-anticorps ont été retrouvés chez 44 % des malades (AAN chez 28 % et AAT  chez 28 %).

La survie globale des patients ayant des auto-anticorps est significativement plus longue que celle des patients sans auto-anticorps (médiane 45,7 mois vs 32,5 mois ; p=0,0107). Cette différence de survie est toujours observée si l’on ne considère que les AAN seuls mais ce n’est pas le cas lorsque l’on s’intéresse seulement aux AAT. Le sexe et le fait d’avoir reçu une immunothérapie n’ont pas d’influence sur la survie…En revanche la survie globale est meilleure parmi les patients dont le mélanome primitif n’a pas été identifié.

Cette série tend donc à montrer que l’apparition d’auto-anticorps n’est, d’une part, pas nécessairement la conséquence d’une immunothérapie et que, d’autre part elle, est susceptible de favoriser la réponse immunitaire anti-tumorale, même à des taux faibles. Le meilleur pronostic des mélanomes métastatiques sans mélanome primitif identifié, ce qui laisse supposer une régression spontanée de cette premier tumeur, est un autre élément en faveur du rôle de la réponse immunitaire anti-tumorale sur la survie.

Dr Marie-Line Barbet

Références
Maire C et coll. : Mélanome métastatique : l’apparition spontanée d’auto-anticorps est un facteur de bon pronostic dans une série prospective de 106 malades. C150.

Journées dermatologiques de Paris 2009. 8-12 Décembre 2009.

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