Un mois pour préparer le moi(s) sans tabac

Paris, le jeudi 6 octobre 2016 - Bien qu’elle se montre toujours très satisfaite de son action en la matière, Marisol Touraine n’a pas brillé par son efficacité en matière de lutte contre le tabac. La prévalence du tabagisme en France n’a en effet connu aucune évolution favorable au cours des cinq dernières années. Pour la plupart des observateurs, le refus répété du gouvernement de s’engager dans une augmentation forte du prix du tabac a favorisé cet échec. Les mesures préférées par le ministère de la Santé, notamment l’introduction du paquet neutre dont elle est particulièrement fière, sont jugées comme insuffisantes ou trop précoces compte tenu de la situation actuelle de la France. Pour dénoncer les retards et manquements des pouvoirs publics, l’Alliance contre le tabac a récemment lancé l’appel des 100 000 dont l’objectif est de mobiliser les professionnels de santé afin de faire réagir le gouvernement.

Chacun de son côté, mais tous ensemble

Le programme lancé aujourd’hui par le ministre de la Santé pourrait cependant quelque peu améliorer son bilan. Marisol Touraine a présenté les contours de l’opération  Mois sans tabac qui se déroulera au mois de novembre. Cette initiative est inspiré du programme britannique Stoptober qui se déroule chaque mois d’octobre depuis 2012 et qui rencontre un grand succès. La campagne est sous-tendue par l’idée qu’un engagement collectif offre un terrain favorable aux fumeurs qui souhaitent arrêter de fumer. Le sentiment d’un soutien global au moment de se lancer dans une entreprise difficile et l’idée de partager son défi au même moment avec des milliers d’autres personnes sont des aiguillons propices à la réussite.

La première étape est la préparation. A partir d’aujourd’hui, des spots télévisés et radiophoniques et des affiches vont présenter la campagne et l’outil phare du dispositif, l’application Tabac Info Service. Ces opérations de communication sont destinées à inciter les fumeurs à s’inscrire dans le dispositif en téléchargeant l’outil et/ou en se procurant un kit d’accompagnement gratuit distribué dans les pharmacies. Un site dédié a également été ouvert à l’intention des professionnels de santé pour qu’ils puissent guider les patients dans cette démarche, accessible à l’adresse pro.tabac-info-service.fr. Puis, viendra le jour du grand lancement le 1er novembre. Des événements seront organisés dans de nombreuses villes de France pour donner une visibilité au challenge que des milliers de personnes se lanceront concomitamment. Tout au long du mois, tandis que les spots continueront à être diffusés, les opérations se multiplieront, égrenant chaque jour les victoires réalisées par les fumeurs en phase de sevrage, l’argent économisé, les capacités pulmonaires retrouvées.

Coaching « personnalisé »

A l’échelon individuel, le fumeur qui aura renseigné son profil sur son application pourra recevoir un accompagnement semi personnalisé (le niveau de personnalisation dépend en partie de la qualité des informations fournies). Des mails lui seront ainsi envoyés pour l’encourager. « Première victoire : vous avez choisi la date à laquelle vous voulez vous arrêtez » clame ainsi en guise d’introduction le premier message envoyé après l’inscription sur l’application, tandis qu’un nouveau mail s’inscrit très rapidement en préconisant l’emploi de patchs et autres substituts nicotiniques. L’application permet également d’appeler directement un tabaccologue ou encore de visionner des clips (parfois un peu trop idylliques) où d’anciens fumeurs évoquent leurs difficultés et leurs doutes et leurs astuces pour y répondre. Il est également possible de solliciter ses proches afin qu’ils réalisent eux-mêmes des messages d’encouragement !

La lutte contre le tabac vue du côté du sevrage

La technique permettra-t-elle d’entraîner dans un sevrage durable la grande proportion de fumeurs (60 % selon les enquêtes d’opinion) qui affirment souhaiter abandonner la cigarette ? Seul un premier état des lieux en 2017 permettra d’avoir une première réponse à cette question, tandis que les spécialistes britanniques considèrent que Stoptober a contribué à la diminution importante du tabagisme observé en Grande-Bretagne. L’opération témoigne en tout état de cause d’une volonté d’inscrire le sevrage tabagique dans une dynamique positive et de ne plus résumer la lutte contre le tabac à une série d’interdits et de couperets.

Aurélie Haroche

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