Un peu de clinique dans un monde de big Data

Les technosciences ont envahi la neurologie. De très nombreux posters témoignent des possibilités d’enregistrer les mouvements avec des capteurs connectés sophistiqués ou par l’intermédiaire de simples smartphones. L’imagerie a dépassé depuis longtemps l’objectif de visualisation des lésions pour identifier le fonctionnement cérébral. Tout devient possible puisqu’Elon Musk, lassé de ces projets de conquête spatiale, d’un monde sans carburant et de trains supersoniques, ambitionne de commander directement le cerveau humain par des microélectrodes. Mais, dans ce vertige de techniques sophistiquées, il existe quelques posters « vintages » qui montrent la pertinence d’un signe clinique à 0 euro pour faire un diagnostic ! Et, en particulier, le caractère inépuisable du réflexe de clignement qui a disparu de l’examen clinique. Le travail présenté par une équipe finlandaise le remet au gout du jour au détriment du DaTscan. Ce dernier examen scintigraphique relativement onéreux offre l’intérêt de visualiser et de quantifier le déficit dopaminergique du striatum. Par contre, il n’est d’aucun intérêt pour faire la part d’une maladie de Parkinson et d’un syndrome parkinsonien.

Dans cette étude, les auteurs ont corrélé la présence d’une anomalie du reflexe naso-palpébral (pas d’habituation de la réponse palpébrale après 3 percussions digitales) aux données du DaTscan chez 327 patients avec une suspicion de syndrome parkinsonien. La fixation putaminale s’est avérée statistiquement plus faible chez les patients avec un réflexe nasopalpébral inépuisable. Est-ce suffisant pour prédire le diagnostic ? La méthodologie présentée n’est pas adaptée pour répondre à cette question mais sur les données présentées on voit que des patients avec un réflexe nasopalpebral inépuisable peuvent avoir un DaTscan hypernormal. Les résultats semblent être plus significatifs en tenant compte de l’âge et du sexe. Mais peut-on considérer le DaTscan comme un gold standard diagnostic ? Un autre poster coréen nous apprend qu’il faut savoir attendre 6 mois avant de réaliser un DaTscan dans un contexte de syndrome parkinsonien iatrogène car l’expertise clinique est suffisante. Après l’arrêt du traitement, 70 % des patients ont encore des signes parkinsoniens à un mois et 30 % après 6 mois. Dans leur série de 54 patients qui ont un DatScan normal, uniquement 4 ont encore des signes parkinsoniens à 6 mois limitant ainsi l’intérêt de la réalisation précoce de cet examen.

Dr Christian Geny

Références
Nuuttila J et coll. : Glabellar tap predicts dopamine transporter deficiency in parkinsonism. Yun JY et coll. : Waiting and waiting on Dopamine transporter imaging in drug induced parkinsonism. International Congress of Parkinson's Disease and Movement Disorders (Nice) : 22 au 26 septembre 2019.

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