Un quart des patients atteints de lupus auraient un syndrome de Sjögren

Le Syndrome de Sjögren (SSj) est le plus souvent considéré sous l’angle de sa forme primitive. Pourtant, il existe d’authentiques formes secondaires de ce syndrome qui peuvent  survenir dans le cadre d’une affection systémique, telle le lupus érythémateux systémique (LES). La difficulté réside dans la possibilité d’un chevauchement entre un SSj primaire et un LES au point qu’il est difficile de faire la part de l’un et de l’autre. Il n’empêche qu’un SSj secondaire peut parfaitement s’intégrer dans le cadre de cette maladie auto-immune en tant que localisation «lupique» à part entière.

C’est pour faire la lumière sur cette association qu’a été entreprise une étude de type cas-témoins de grande envergure dans laquelle ont été inclus 504 patients atteints d’un LES- diagnostiqué selon les critères de l’American College of Rheumatology - et 319 témoins issus de la population générale, appariés selon l’âge et le sexe. L’existence d’un SSj secondaire dans le cadre du LES a été définie en accord avec les critères internationaux propres à l’Europe et aux États-Unis (American-European Consensus Criteria, AECC). Un examen clinique approfondi a notamment pris en compte tous les symptômes du syndrome sec dans leur dimension subjective et objective chez tous les participants. Sur le plan biologique, ont été dosés, entre autre, divers auto-anticorps et une vingtaine de cytokines sélectionnées.

Des caractéristiques biologiques différentes

Un SSj lié au lupus, selon les critères définis par l’AECC a été constaté chez 23 % des patients atteints d’un LES. Ce sous-groupe ainsi défini se distinguait du reste de la cohorte par une plus grande proportion de femmes et un âge plus élevé, mais aussi par une plus grande fréquence des neuropathies périphériques et de la leucopénie.

En revanche, l’atteinte rénale à type de glomérulopathie s’est avérée plus rare et les taux circulantes des biomarqueurs suivants étaient significativement plus élevés (p < 0,05 dans tous les cas) :

(1) cytokines : TNF-α, IL-6, MCP-4, MIP-1β, IL-12/IL23p40 et IP-10) ;
(2) anticorps : IgG, anti-SSA/Ro52, anti-SSA/Ro60, anti-SSB/La ;  
(3) facteur rhumatoïde.

D’après cette étude transversale, un SSj secondaire concernerait environ un quart des patients atteints de LES, mais la fréquence augmenterait clairement avec l’âge. Aucune particularité clinique ne permet d’affirmer l’origine secondaire du syndrome. En revanche, sur le plan biologique, il semble exister une singularité : c’est l’existence d’une inflammation systémique avérée et caractérisée notamment par des taux élevés de cytokines pro-inflammatoires.

Dr Philippe Tellier

Référence
Ruacho G et coll. : Sjögren's syndrome in Systemic Lupus Erythematosus - a subset characterized by a systemic inflammatory state. J Rheumatol., 2019 : publication avancée en ligne le 15 septembre. doi: 10.3899/jrheum.190250.

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