Un risque accru d’AVC en cas d’AOMI symptomatique !

L’artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI) est considérée comme un signal clinique, voire infraclinique qui annonce la survenue d’évènements cardiovasculaires majeurs (ECVM). Elle peut d’ailleurs s’intégrer dans le cadre d’une athéromatose plurifocale qui, à défaut d’être systématiquement recherchée, incite à des mesures thérapeutiques relevant de la prévention secondaire, telles le contrôle strict des facteurs de risque cardiovasculaire. Une pharmacothérapie propre à cette démarche peut même être instaurée et il est licite de s’interroger sur son impact potentiel dans la prévention de l’accident vasculaire cérébral (AVC) qui fait partie des ECVM évoqués. C’est à cette question que répond une étude prospective qui a reposé sur l’interrogation des bases de données de la littérature internationale.

L’objectif était en effet d’identifier les études permettant de rechercher une association entre l’incidence des AVC et la prescription d’antihypertenseurs, de statines ou encore d’anti-agrégants plaquettaires chez des patients  atteints d’une AOMI symptomatique. Une méta-analyse a été effectuée à l’aide d’un modèle à effets aléatoires dans l’ensemble de la cohorte ainsi constituée et divers sous-groupes caractérisés notamment par une ischémie critique des membres inférieurs ou encore une claudication intermittente. Une analyse par métarégression a permis d’explorer les relations éventuelles entre la pharmacothérapie prescrite et l’incidence des AVC, d’une part, la présence de facteurs de risque cardiovasculaire, d’autre part.

Incidence plus que doublée

Au total, ont été retenues 12 études réunissant 67 915 patients répondant au profil clinique précédent. Une méta-analyse a finalement porté sur sept d’entre elles, ce qui a permis d’estimer l’incidence des AVC à 1,31 pour 100 sujets-années au sein de la cohorte considérée dans son ensemble. Dans le sous-groupe caractérisé par une ischémie critique des membres inférieurs, cette incidence a été multipliée par 2,3 (intervalle de confiance à 95 % IC 95%, 1,58–3,36 ; p < 0,01). Le taux de prescription d’antihypertenseurs s’est avérée variable d’une étude à l’autre, compris entre 10 % et 71 % et il en a été de même à des degrés divers pour les anti-agrégants plaquettaires (49 % - 90 %) et les statines (11 % - 79 %).

L’analyse par métarégression plaide en faveur d’une association négative significative entre le risque d’AVC et la prise d’anti-agrégants plaquettaires (R2= 0,81, p < 0,01) et de statines (R2 = 0,85, p < 0,01). Aucune relation de ce type n’a impliqué les antihypertenseurs. Les antécédents d’évènements cérébrovasculaires incluant les accidents ischémiques transitoires ont été associés à un risque plus élevé d’AVC (R2= 0,58, p < 0,05).

Ces résultats sont en accord avec ceux d’études précédentes et incitent à mettre en œuvre des mesures de prévention secondaire chez les patients atteints d’une AOMI symptomatique. Une pharmacothérapie adaptée au profil de risque cardiovasculaire semble être à même de diminuer le risque d’AVC et, dans cette étude, les associations significatives impliquent les statines et les anti-agrégants plaquettaires. Paradoxalement, les antihypertenseurs ne sont pas concernés, ce qui souligne peut-être les limites de cette méta-analyse qui ne prétend pas faire toute la lumière sur la prise en charge de l’AOMI et de ses différentes formes cliniques.

Dr Philippe Tellier

Référence
Nastasi DR et coll. : Prescription of Pharmacotherapy and the Incidence of Stroke in Patients With Symptoms of Peripheral Artery Disease. Stroke. 2018, 49 : 2953-2960. doi: 10.1161/STROKEAHA.118.022922

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