Un risque d'arthrose multiplié par 6 après une blessure au genou « dans la jeunesse »

Les principaux facteurs de risque de l'arthrose du genou sont l'âge, le surpoids ou l'obésité, le sexe féminin, une charge physique de travail élevée ou encore des lésions articulaires. Les blessures au genou qui surviennent à l'adolescence ou au jeune âge adulte sont probablement un autre facteur de risque non négligeable pour le développement d'une arthrose ultérieure. Néanmoins, la majorité des études qui ont abordé ce thème ont généralement inclus des populations d'âge moyen ou âgées et se sont principalement basées sur des analyses rétrospectives, donc non exemptes de biais de mémorisation. De plus, s’il existe des données sur des lésions spécifiques du genou telle que la rupture du ligament croisé antérieur (LCA) et/ou la déchirure méniscale, les essais se font plus rares pour les autres types de blessures avec un spectre de gravité différent, par exemple les fractures de la rotule ou du plateau tibial, l’entorse ligamentaire collatérale ou encore la luxation de la rotule. Afin d’affiner l’estimation de leur impact sur la gonarthrose, les auteurs d’un article du British Journal of Sports Medicine ont essayé de déterminer le risque relatif et le risque absolu d'arthrose du genou (diagnostiquée cliniquement) après différents types de blessures au genou avant 45 ans.

Dans cette étude de cohorte longitudinale basée sur les données de santé d’une région de la Suède, toutes les personnes âgées de 25 à 34 ans entre 1998 et 2007 avec et sans diagnostic de blessures au genou selon la Classification internationale des maladies ont été incluses. Le risque relatif (RR) d’arthrose du genou diagnostiquée chez les personnes blessées et non blessées a été calculé par analyse de régression avec ajustement, en évaluant les conséquences respectives des différents types de blessure (contusion, fracture, luxation, déchirure méniscale, déchirure du cartilage, déchirure du ligament collatéral, déchirure du ligament croisé et blessure à plusieurs structures).

Lésion du ligament croisé, déchirure méniscale et fracture intra articulaire exposent aux plus grands risques

Sur la population étudiée, 5 247 personnes ont présenté une blessure au genou et 142 825 personnes n’en ont pas eu. Après calcul, le RR ajusté de diagnostic d’arthrose du genou est de 5,7 (intervalle de confiance à 95 % IC 95 % 5,0 à 6,6) chez les blessés par rapport aux personnes non blessées au cours des 11 premières années de suivi et de 3,4 (IC 95 % 2,9 à 4,0) au cours des 8 années suivantes. La différence des risques correspondante après 19 ans de suivi est de 8,1 % (IC 95 % de 6,7 % à 9,4 %). Une lésion du ligament croisé, une déchirure méniscale et une fracture du plateau tibial / rotule ont été associées à l'augmentation la plus élevée du risque (DR de 19,6 % (IC à 95 % de 13,2 % à 25,9 %), 10,5 % (IC à 95 % de 6,4 % à 14,7 %) et 6,6 % (IC à 95 % 1,1 % à 12,2 %), respectivement). Fait intéressant, le délai entre la date de référence et le diagnostic d'arthrose n'était que de 8 mois plus court pour les blessés par rapport aux non blessées qui ont développé une arthrose à un âge précoce.

En conclusion, chez les adultes jeunes, les blessures au genou multiplient par 6 le risque de future arthrose du genou, avec un risque similaire pour les hommes et les femmes. De manière logique, le risque relatif diminue au fil du temps alors que le risque absolu augmente avec l'âge, comme l'incidence de l’arthrose. En outre, si tous les types de blessures majoraient le risque, les risques les plus élevés ont été retrouvés après une lésion du ligament croisé, une déchirure méniscale et une fracture intra articulaire. Par ailleurs, il est intéressant de noter que, contrairement à ce que l’on pourrait attendre, la différence de temps sans maladie entre les personnes blessées et non blessées qui ont développé une arthrose à un âge précoce est faible. Il y a deux explications plausibles à cela : soit la présence d’autres facteurs de risque importants (par exemple, une contribution génétique, l'obésité), d’autre part une durée de suivi insuffisante (l’âge médian est de 44 ans à la fin du suivi). Par conséquent, il semble que le mécanisme de développement de l'arthrose du genou soit « initié » par une blessure, mais le processus en lui-même n'est pas nécessairement plus rapide. 

Anne-Céline Rigaud

Référence
Snoeker B, Turkiewicz A, Magnusson K, et coll. : Risk of knee osteoarthritis after different types of knee injuries in young adults: a population-based cohort study British Journal of Sports Medicine 2020;54:725-730.

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