Un risque d’IC avec la meth !

La méthamphétamine (MA) (ou N-méthyl-amphétamine) appartient à la famille des amphétamines ; c’est une drogue sympathicomimétique et psychoanaleptique synthétisée surtout à partir de la pseudoéphédrine, un décongestionnant nasal en vente libre. La méthamphétamine est un stimulant puissant du système nerveux central ; communément consommée de façon illicite à l’échelle mondiale, elle crée rapidement un état d'euphorie semblable à celui procuré par la cocaïne et expose à un haut risque de dépendance.

Outre une intense stimulation mentale, la consommation chronique de MA est à l’origine de complications cardiovasculaires (hypertension artérielle, troubles du rythme, hypertension pulmonaire, cardiomyopathie dilatée) qui favorisent la survenue d’une insuffisance cardiaque (IC).
Nishimura et coll. ont mené une étude rétrospective chez des anciens combattants (vétérans) hospitalisés entre 2005 et 2015, au Centre médical de San Diego pour une IC associée à des antécédents de consommation de MA ; ils ont tenté de déterminer le taux de consommation annuelle de MA, les caractéristiques et le devenir de ces sujets, comparés à des sujets en IC qui n’avaient pas consommé de MA.

Des vétérans plus jeunes

Parmi les 9 491 vétérans en IC, 429 avaient consommé de la MA. Entre 2006 et 2015, le taux de patients présentant une IC associée à la consommation de MA a doublé, passant de 3,44 % à 6,70 %.

Sur les 429 vétérans identifiés comme ayant consommé de la MA, 106 avaient été hospitalisés pour une IC. Comparés à des sujets en IC mais qui n’avaient jamais consommé de MA, ces 106 patients étaient significativement plus jeunes (60,7 ± 7,3 vs 71,6 ± 11,6 ans ; p <0,001), ils avaient plus souvent des troubles associés au stress post-traumatique (16,8 % vs 4,4 % ; p = 0,006), ils étaient plus fréquemment dépressifs (28,7 % vs 11,0 % ; p = 0,002), sans domicile fixe (27,9 % vs 8,9 % ; p = 0,001) et sans emploi (55,8 % vs 30,0 % ; p <0,001).

Comparés aux vétérans dont l’IC n’était pas associée à une consommation de MA, les vétérans hospitalisés pour une IC associée à la consommation de MA, en dépit de leur âge plus jeune, étaient davantage exposés à une réhospitalisation pour IC ou à des consultations en urgence (49 % vs 38 % ; p = 0,34) et à une mortalité plus élevée au 6e mois de suivi (27% vs 38% ; p = 0,10) sans que cette tendance n’atteigne le seuil de la significativité.

En conclusion, le nombre de vétérans qui présentent une IC liée à la consommation de MA ne cesse d’augmenter aux États-Unis. Ces patients se distinguent des autres insuffisants cardiaques sans antécédents de consommation de MA, par leur âge plus jeune, l’absence de comorbidités, la prévalence plus élevée de troubles psychiatriques, de consommation de drogues (opiacés, cocaïne, marijuana, héroïne, tabac, alcool) et d’absence de domicile fixe.

Dr Robert Haïat

Référence
Nishimura M et coll. : Characteristics and Outcomes of Methamphetamine Abuse Among Veterans With Heart Failure. Am J Cardiol., 2019;124:907−911.

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