Un service sanitaire pas cher payé

Paris, le lundi 11 juin 2018 - L’idée ne leur paraissait pas mauvaise sur le papier, à condition d’y mettre les moyens. Les représentants des étudiants en médecine (ANEMF) qui avaient soutenu la mesure de mise en place d’un service en santé commencent aujourd’hui à déchanter.

Prévu pour démarrer dès la rentrée 2018, ces six semaines de stage pour les étudiants du premier cycle du cursus sanitaire ayant pour objet de diffuser des messages de prévention dans les écoles primaires et secondaires ne disposent pas pour le moment d’un « cadre sécurisant », dénonce l’ANEMF.

Pour l’organisation, « la volonté affichée du gouvernement de répartir les actions du service sanitaire sur l’ensemble du territoire, pour lutter contre les inégalités de santé, constitue une porte ouverte à des frais de déplacement très élevés ». L’ANEMF ayant conditionné son soutien au remboursement de la totalité des sommes engagées, elle s’est vu contrainte de voter contre le texte préparatoire à l’arrêté fixant le cadre de la mesure. L’organisation étudiante estime en effet que les montants proposés par le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (CNESER) en matière de défraiement ne correspondent en effet pas du tout à ce qu’ils devraient être.

Même pas un aller-retour en bus

Rappelant que « les ministres Agnès Buzyn et Frédérique Vidal s’étaient engagées à ce que les étudiants n’aient pas à dépenser un centime pour le service sanitaire », l’ANEMF s’étonne donc que l’indemnité liée aux frais de déplacement ne soit que de 89 euros brut « pour une durée d’action avoisinant les trente demi-journées ». Une somme qualifiée de « ridiculement basse » puisqu’elle « ne permet même pas de financer deux tickets de bus urbain par jour ».

A ce stade, l’association des étudiants en médecine, soutenue dans son action par la fédération des associations générales étudiantes (FAGE), appelle donc « le gouvernement à prendre ses responsabilités et garantir une réelle prise en charge des frais de déplacement et d’hébergement des étudiants », tout comme elle demande aux directeurs d’Unités de formation et de recherche (UFR) de « refuser d’affecter des étudiants sur des terrains de stage les forçant à engager des frais de déplacement ou d’hébergement supérieurs à leur indemnité ».

L’ANEMF réclame une indemnité de 135 euros pour les étudiants de premier cycle et souhaite également que les collectivités territoriales déboursent 200 euros dans tous les cas où un hébergement ponctuel serait nécessaire. Le ministère de la Santé s’est dit prêt à rouvrir la négociation et les discussions entre les deux parties ont d’ailleurs repris le 6 juin dernier.

Benoît Thelliez

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Vos réactions (1)

  • L'exemple des vétérinaires

    Le 11 juin 2018

    Stratégiquement, les vétérinaires ont choisi de rendre des services de veille et de police sanitaire pour des rémunérations insuffisantes. Ils se sont rendus indispensables et, maintenant, menacent de se désengager chaque fois que l'Etat envisage une mesure défavorisant leur profession, comme l'interdiction de vendre soi-même les antibiotiques qu'on prescrit (découplage souhaitable comme en humaine). De fait l'ensemble de l'administration de la DGAL roule pour leur corporation, tenue par le bout du nez.

    A réfléchir par les médecins et, surtout, par les pharmaciens ! Si le service sanitaire sait se rendre indispensable, ce sera une monnaie de négociation précieuse...

    Guy Barral (Pharmacien)

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