Un sociologue à la présidence du Conseil national de la santé mentale

Paris, le vendredi 17 mars 2017 - Installé officiellement par Marisol Touraine en octobre 2016, le Conseil national de la santé mentale (CNSM)[1] est actuellement présidé par le sociologue Alain Ehrenberg [2]. Le magazine Union Sociale illustre cette actualité par une présentation de ce chercheur, auteur d’une dizaine d’ouvrages de sociologie, entre la fin des années 1970 et le début des années 2000. Si d’autres voix ont déjà évoqué, de façon plus polémique, les travaux d’Alain Ehrenberg[3], Union Sociale parle d’« un franc-tireur » au parcours peu conventionnel dans le domaine de la recherche. Désormais « chercheur émérite continuant à tracer un sillon en dehors des us et coutumes », l’intéressé lui-même est censé « se douter que son nom a été choisi » par la ministre pour lui « éviter de devoir arbitrer » entre d’autres présidents en puissance parmi « des grands noms de la psychiatrie. » Peut-on cependant imaginer aussi que Mme Touraine n’aurait pas fait ce choix par défaut mais voulu, sciemment, nommer un sociologue à la tête de la nouvelle institution, pour souligner la conception officielle d’une « approche plus sociale de la santé mentale » en France ? Cette reconnaissance de la sociologie permettait ainsi de présenter la santé mentale et ses dysfonctionnements comme parties intégrantes d’un « sujet de société », pour « contribuer à faire évoluer les mentalités », notamment sur le problème de la stigmatisation des malades : « La maladie mentale a longtemps été associée à l’hôpital psychiatrique », rappelle Alain Ehrenberg ; mais, espère-t-il, « cela commence à changer. » La démarche du CNSM devrait par exemple « s’appuyer sur le rapport de Michel Laforcade[4] où est réaffirmé l’objectif de diriger « le suivi résolument vers l’ambulatoire », afin d’« éviter les hospitalisations. » Dans cette perspective pour « limiter nettement le nombre d’hospitalisations » (à l’image du « très fort investissement sur l’extrahospitalier en Grande-Bretagne »), on insiste sur la place cruciale du « domicile comme centre de gravité du dispositif de soins », l’hôpital psychiatrique devenant alors « l’exception. » Le rapport Laforcade évoque une « présence à géométrie variable » des professionnels de santé mentale pour « s’adapter aux besoins » sur le terrain et « aller vers » le patient, au lieu de lui laisser la seule initiative de venir vers les soignants, quitte à « réinterroger le concept de libre adhésion » sans préjugé idéologique. Si cette vision semble parfois utopique (quand le rapport Laforcade envisage de « proposer des soins aux gens qui sont dans la rue »), on

peut approuver le nécessaire réinvestissement des « interventions psychosociales » et la vision pluridisciplinaire promue par Alain Ehrenberg : « L’intérêt (du CNSM), c’est d’articuler les dimensions sanitaire et sociale, et surtout d’alimenter une réflexion prospective et stratégique sur les enjeux » de la santé mentale.

[1] http://social-sante.gouv.fr/actualites/presse/communiques-de-presse/article/marisol-touraine-installe-le-conseil-national-de-la-sante-mentale
[2] http://www.psycom.org/Actualites/Nul-n-est-cense-ignorer/Discours-d-Alain-Ehrenberg-a-l-installation-du-CNSM
[3] Castel Pierre-Henri, « Lire Alain Ehrenberg : une tâche impossible ? », La Revue Lacanienne, 2/2012 (N° 13), p. 129-134. [http://www.cairn.info/article_p.php?ID_ARTICLE=LRL_122_129]
[4] http://social-sante.gouv.fr/IMG/pdf/dgos_rapport_laforcade_mission_sante_mentale_011016.pdf

Dr Alain Cohen

Références
Léon Chaboisseau : Alain Ehrenberg, défricheur de savoirs nouveaux. Union Sociale, 2017 (n°303) : 12–13.

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