Une application pour détecter précocement les signes d’alerte chez les fumeurs

Paris, le vendredi 22 novembre 2019 - Les fumeurs connaissent tous les principaux risques sanitaires auxquels leur addiction les expose. Cependant, beaucoup tiennent ces menaces à distance, parvenant à se convaincre qu’ils feront peut-être partie des fumeurs épargnés ou tout au moins que les complications les plus graves surviendront dans de lointaines années. Aussi, ne perçoivent-ils pas les symptômes liés à leur tabagisme comme des signes d’alerte, mais comme des effets secondaires "normaux". Ils sont donc encore trop peu nombreux à consulter quand leur voix change, quand ils toussent de façon continuelle ou quand ils présentent un essoufflement persistant. Conséquence : les dépistages des cancers et des maladies cardio-pulmonaires liés au tabac demeurent tardifs.

Détection plus précoce

« Trop souvent les fumeurs ignorent qu’ils ont un pépin, ne savent pas quels sont les symptômes ou ne veulent pas savoir. Beaucoup pensent que c’est normal d’avoir la voix qui change quand on fume ou de beaucoup tousser, et bien non, tous ces signes doivent alerter » martèle le docteur Fabrice Denis oncologue au Mans. Ce praticien est à l’origine de l’application Smokecheck. Disponible gratuitement, ce logiciel lancé en juin dernier a été téléchargé plus de 3 000 fois. Il invite les fumeurs ou anciens fumeurs sevrés récemment à répondre à un questionnaire comportant 13 items destiné à repérer et à suivre des symptômes évocateurs (évolution de la voix, présence d’une toux persistance, douleurs dans la poitrine, essoufflement excessif…). Les réponses sont analysées par un algorithme développé par l’équipe du docteur Denis. En fonction du score obtenu, il peut être recommandé au patient de consulter rapidement. Depuis quelques temps, l’application s’est enrichie d’une nouvelle fonctionnalité permettant de contacter directement l'infirmière coordinatrice du service des maladies respiratoires de l'hôpital du Mans pour réaliser des examens complémentaires.

Créer le déclic favorable au sevrage

Les premiers résultats obtenus grâce à l’analyse des réponses de 3 085 personnes (incluant des fumeurs et des personnes sevrées depuis moins de cinq ans) révèlent que 70 % des utilisateurs de l’application présentent au moins un symptôme inquiétant qui devrait les conduire à consulter, même si moins de 5 % d’entre eux pourraient être atteints d’un cancer. Si le premier objectif est une plus grande précocité des prises en charge, le second est d’accroître la prise de conscience des patients. Or, si près de 80 % des utilisateurs de Smokecheck hésitaient à arrêter de fumer au moment du téléchargement, un tiers affirme après l’inscription être prêt à envisager un arrêt définitif, boosté notamment par les multiples alertes reçues.

Déjà un logiciel très performant

Ce programme financé par SIVAN est le prolongement d’un premier logiciel initié également par le docteur Denis, dédié au suivi des patients atteints d’un cancer du poumon. Moovcare est un logiciel dont l’objectif est de détecter un risque de rechute ; le cas échéant un signal immédiat est envoyé à l’équipe en charge du patient. L’utilisation de Moovcare a été l’objet d’un essai randomisé de phase III auprès de 133 patients qui a confirmé que dans le groupe utilisant l’application, la détection des récidives a été plus précoce contribuant à une prise en charge plus efficace. Ainsi, un an après le début de l’étude, 75 % des patients dans le groupe Moovcare étaient encore en vie, contre 49 % dans le groupe témoin, des résultats si encourageants qu’ils avaient conduit à l’interruption prématurée de l’étude pour que l’ensemble des malades puissent bénéficier de l’application, tandis qu’un projet de prise en charge par l’Assurance maladie est à l’étude et pourrait se concrétiser en 2020.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article