Une faible estime de soi avant la psychose même

La notion d’une faible estime de soi chez les patients présentant des troubles psychotiques est « bien documentée », rappellent des psychiatres de New-York (États-Unis). Mais comme dans la célèbre aporie sur « la poule et l’œuf », il est ardu de préciser l’antériorité respective de chaque phénomène : une faible estime de soi est-elle la conséquence d’une problématique psychotique, ou appartient-elle au contraire au contexte préalable, susceptible de favoriser justement l’émergence d’une psychose ?

Pour explorer ce thème, les auteurs ont comparé l’estime de soi chez 36 sujets « à haut risque psychotique », 43 sujets avec une schizophrénie déjà diagnostiquée, et 40 sujets-contrôles. Ils constatent qu’un état de vulnérabilité psychotique est « associé de façon significative » avec une plus faible estime de soi, comparativement aux sujets-témoins, et à un niveau « comparable à celui observé chez les patients schizophrènes. » Cette faible estime de soi repose principalement sur des auto-perceptions dévaluées concernant le travail et les facultés relationnelles, en particulier dans les domaines de l’apparence physique, du sens de l’humour, des relations intimes, et des compétences professionnelles. Une médiocre estime de soi est associée à une « gravité globale » des symptômes négatifs de la schizophrénie, mais pas de ses symptômes positifs.

A considérer dans les approches thérapeutiques précoces

Confirmant l’existence d’une faible estime de soi chez les schizophrènes et chez les sujets à haut risque psychotique, ces résultats aident, estiment les auteurs, à mieux comprendre la période clinique à haut risque. Avec la possibilité de « suggérer des pistes précoces de traitements psychosociaux améliorant le fonctionnement social et professionnel », car ces domaines paraissent jouer un rôle important pour l’estime de soi dans cette population. Et l’examen des différents aspects de l’estime de soi pour l’évaluation des sujets à haut risque psychotique peut contribuer à « une meilleure compréhension de la phénoménologie des symptômes prodromiques », avec par conséquent des implications pour « le succès des approches thérapeutiques précoces, de la réadaptation et de l’intégration sociale » et pour l’atténuation des « risques considérables » de souffrance et de suicide liés à cette maladie.

Dr Alain Cohen

Référence
Benavides C et coll.: Self-esteem and symptoms in individuals at clinical high risk for psychosis. The Journal of Nervous and Mental Disease 2018; 206: 433–438.

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