Une nouvelle étape vers le pharmacien prescripteur qui embarrasse Agnès Buzyn

Paris, le vendredi 15 mars 2019 - Les députés, réunis en commission des affaires sociales ont adopté l’amendement, porté par le rapporteur de la loi de santé, Thomas Mesnier qui « vise à permettre aux pharmaciens (...) de délivrer selon un protocole mis en place par la Haute autorité de santé des médicaments dont la liste serait fixée par arrêté dans le cadre de pathologies bénignes du quotidien ».

Cette prescription pharmaceutique aurait pour cadre l’exercice coordonné « qu'il s'agisse d'équipes de soins primaires, de maisons de santé pluriprofessionnelles, de centres de santé ou de communautés professionnelles territoriales de santé » et « sous réserve d'une formation ad hoc des pharmaciens sur ces dits protocoles » et en partenariat avec le médecin traitant a précisé le parlementaire, également médecin.

En outre, un autre texte, également du Dr Thomas Mesnier pourrait permettre aux pharmaciens de changer un médicament prescrit lorsque celui-ci, mettant « en jeu le pronostic vital », connaît une rupture d'approvisionnement  et ce sans l'accord préalable du prescripteur, mais conformément aux recommandations de l'Agence nationale de sécurité du médicament.

Les réserves d’Agnès Buzyn, la colère des praticiens

Ce nouveau pas vers la prescription pharmaceutique embarrasse Agnès Buzyn qui a exprimé ses « réserves » et fait part de son souhait, qu’en la matière, une large place soit laissée à la négociation. Elle propose également, qu’en toute hypothèse, ce dispositif fasse l’objet d’une expérimentation avant d’être généralisé à tout le territoire. 

Agnès Buzyn sait en effet à quel point une telle législation pourrait la mettre en porte-à-faux avec les représentants des médecins libéraux…surtout qu’il semblerait qu’elle reste finalement à son poste !

Ainsi, dès l’amendement voté, les syndicats ont regretté « l’obstination du rapporteur à vouloir doter les pharmaciens d’officine de compétences diagnostiques qu’ils n’ont pas » selon les mots du SML (Syndicat des médecins libéraux). La FMF (Fédération des médecins de France) a quant à elle immédiatement fustigé le cumul, dans une seule main, « des fonctions de diagnostic, de délivrance, et de vente des médicaments » sans qu’ait été prise « la mesure du risque médico-légal ».

Enfin soulignons la position de MG France qui est allé jusqu’à suspendre sa participation aux négociations conventionnelles.

Le stétho de guerre est déterré !

Exprimez-vous sur ce sujet avec le sondage du JIM : https://www.jim.fr/medecin/debats/sondage/index.phtml

F.H

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Vos réactions (5)

  • L’intérêt du patient

    Le 16 mars 2019

    Ne soyons pas naïfs. Nous sommes régulièrement confrontés à ce genre de situations où le patient n’a pas son traitement parce que le produit n’est pas disponible et que le médecin ne répond pas au téléphone ou qu’il ne travaille pas. Le samedi, bien souvent. Cela m’est aussi arrivé de délivrer un médicament mais de dire au patient de ne pas le prendre car il encourait un risque pour sa vie.

    Joyce Gabbay (pharmacien)

  • Pas d'interprofessionalité constructive

    Le 16 mars 2019

    Dans la vraie vie, tous les jours, les pharmaciens conseillent des milliers de patients avec professionnalisme et responsabilité.
    Quels sont ces conseils qu'hypocritement l'on envisage sans que le pharmacien n'ait le droit de poser un diagnostic?
    Hypocrisie fondamentale car quand se présente une personne blessée, brûlée, allergique, souffrant de troubles du sommeil, de la sphère intestinale ou génito urinaire, de douleurs, etc, comment le professionnel de santé (ne l'oublions quand même pas) qu'est le pharmacien va pouvoir "conseiller" un médicament sans prescription médicale obligatoire (ou délisté) ?
    Il va bien être obligé, dans son raisonnement, d'ébaucher un diagnostic probabiliste et donc de "prescrire" un traitement de 1ére intention.

    Ce dont il s'agit aujourd'hui c'est, dans un contexte de pénurie croissante d'accès aux soins non programmés dont le corps médical est en grande partie responsable collectivement car n'ayant pas pris l'initiative de mesures adaptatives, de permettre dans des cas très ciblés dans lesquels le recours à des médicaments non listés constitue une perte de chance pour le patient (cystite occasionnelle de la femme évaluable pas test urinaire simple, angine non bactérienne évaluable par trod, diarrhée aiguë récente sans complication, par exemple).

    Mais aujourd'hui, face à cette situation d'angoisse de la population face aux déserts médicaux et à l'abandon de certaines populations, le corps médical réagit trop largement par ce qui n'est au fond que du protectionnisme et pas de l'interprofessionalité constructive.

    Sinon, une offre de télémédecine dans chaque officine plairait-elle mieux? Comme cache misère, c'est pas mal, mais tellement "numérique".
    Quel est l'intérêt de la population ? Améliorer la prise en charge, en urgence, par un professionnel de santé, de pathologie aiguë identifiées, avec un arbre décisionnel protocolisé qui sécurisera la prescription ou bien laisser les gens attendre 5h aux urgences ou sos médecin ou mieux encore 48h que le MT puisse les voir quand il y en a encore un ?

    C'est un débat citoyen mais pas corporatiste.

    Bernard Montreuil (pharmacien)



  • Bon sens...

    Le 17 mars 2019

    Je crois qu'on se trompe de cible et je l'écris en tant que médecin retraité !
    Il est évident que les pharmaciens délivrent des médicaments dits "sans ordonnance" donc font un diagnostic, même élémentaire. Également ils sont en droit (je crois) de "dépanner" pour certains produits (IPP, par exemple, m'a-t-on dit). Là aussi ils font un diagnostic (ne serait que celui de probabilité du besoin réel) et, pour ceux que j'ai connu, le font avec beaucoup de réserve et de prudence. Alors leur reconnaitre plus officiellement une aptitude qu'on leur reconnait de fait et dans certaines limites, est-ce si dramatique ? Et n'y a-t-il pas beaucoup d'hypocrisie derrière tout ça... et un grand manque de pragmatisme ?

    Ne pourrait-on proposer aux pharmaciens un "complément de formation" ("les gestes qui soulagent") leur donnant la compétence minimum dans des cas clairement définis (cystite simple, diarrhée des AB, angine de l'enfant, urticaire intense, sinusite...) leur permettant de soulager un patient jusqu'à ce qu'il puisse trouver, si encore nécessaire, une "vraie" consultation ? Je pense que beaucoup de pharmaciens seraient très "preneurs".

    Et n'oublions pas que notre rôle est d'apporter d'abord un soulagement puis si possible une guérison, et ceci quelque soit notre position dans le monde des soignants. Et qu'on est tj bien plus efficace en synergie qu'en oppositions corporatistes. Des infirmières, pharmaciens, kiné... m'ont beaucoup appris...

    Dr Yves Gille

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