Une pétition pour sauver Nutriscore

Paris, le mercredi 6 décembre 2017 - A l’issue de multiples évaluations, le logo Nutri-Score, élaboré par l’équipe du professeur Serge Hercberg, a été désigné outil officiel pour informer les consommateurs sur la qualité nutritionnelle des aliments manufacturés. Ce dispositif doit permettre une meilleure orientation des acheteurs, afin qu’ils puissent plus facilement distinguer au sein d’une même famille d’aliments les produits à privilégier ou à écarter.

Cependant, ce système est depuis toujours critiqué par plusieurs groupes agroalimentaires, qui redoutent qu’ils ne "discriminent " trop drastiquement certains aliments parmi les moins "recommandables". Aussi, la Fédération des produits de l’épicerie Alliance 7 (qui compte parmi ses membres plusieurs des six grandes multinationales de l’agroalimentaire) conseille-t-elle à ses adhérents d’utiliser un autre dispositif d’information. Cette contre-attaque est jugée particulièrement inquiétante et dangereuse par les sociétés savantes de nutrition, de pédiatrie et de santé publique qui depuis toujours défendent Nutriscore. Aussi 26 d’entre elles viennent-elles de lancer une pétition pour expliquer le bien fondé de Nustriscore et les limites de certains autres systèmes d’information. « Cette pétition plaide pour la mise en place, par tous les industriels, du logo officiel Nutri-Score sur les emballages des aliments et condamnent les manœuvres de brouillage de certains industriels (notamment du Big6 et de leur relais ALLIANCE 7) » indiquent les auteurs de la pétition. http://chn.ge/2ipVBK2

Le feuilleton n'est donc pas fini.

A.H.

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Vos réactions (1)

  • Une meilleure orientation des acheteurs, vraiment ?

    Le 07 décembre 2017

    Premièrement, d'un strict point de vue scientifique, il n'y a pas la moindre étude prospective et comparative montrant que des acheteurs exposés au "Nutriscore" sont mieux alimentés que ceux qui n'y sont pas exposés. Sans même parler d'un bénéfice en termes de morbidité...

    Les sociétés savantes feraient mieux de s'atteler à cette indispensable démonstration plutôt que de se livrer à des pétitions dont le principe est fort éloigné de leur mission.

    Deuxièmement, d'un point de vue sociologique, pour "distinguer au sein d’une même famille d’aliments les produits à privilégier ou à écarter", les acheteurs se fondent systématiquement sur les différences de prix, bien plus importantes à leurs yeux que tout autre critère.
    Pour le "coeur de cible" que sont les familles les moins aisées et les moins éduquées, qui sont les plus exposées au risque nutritionnel, il est illusoire d'espérer modifier notablement grâce à un "Nutriscore" leurs choix alimentaires fondés sur le coût - à moins qu'une étude spécifique le mette en évidence, ce qui n'a jamais été fait.

    Mieux vaudrait une incitation pécuniaire par taxation différentielle ; mais ce serait transférer aux pouvoirs publics une responsabilité qu'ils préfèrent faire porter au consommateur lui-même, afin de s'en décharger.

    Voilà un autre thème d'étude pour les sociétés savantes si enclines à faire parler d'elles.

    Troisièmement, du point de vue nutritionnel, "distinguer au sein d’une même famille d’aliments les produits à privilégier ou à écarter" n'est pas le principal problème des conduites alimentaires, loin de là. La cause la plus flagrante de déséquilibre alimentaire est le choix des catégories elles-mêmes, non la préférence de produits particuliers au sein de ces catégories. La "malbouffe" consiste à se nourrir de manière stéréotypée, en abusant en quantité et en fréquence de certaines familles de denrées au détriments d'autres.

    A moins que nos sociétés savantes, puisqu'elles sont à la pointe du progrès, en fassent encore une fois la preuve, un "Nutriscore" n'a aucune chance d'améliorer cette situation. Au contraire, en affichant quelques produits "plus recommandés que d'autres" au sein de catégories dont l'abus est néfaste, on ne peut qu'encourager l'achat dans ces catégories.

    Sans compter que le "Nutriscore" confère une sorte de label à quantité de produits qu'il vaudrait mieux éviter de consommer trop souvent ou en trop grande quantité, tandis que les fruits et légumes frais (par exemple) ne bénéficieront jamais d'une telle labellisation stimulante.

    On pourrait faire beaucoup d'autres commentaires sur l'idée même de "Nutriscore" et l'on en a d'ailleurs beaucoup entendus. Mais plutôt que des palabres et des controverses, on aimerait lire des données factuelles plus concrètes que celles, indirectes et spéculatives, dont on tente de nous abreuver.

    Les sociétés savantes seraient bien inspirées de laisser tomber les pétitions et de se mettre au travail qu'on attend d'elles, ce qui requiert qu'elles obtiennent des pouvoirs publics un financement à hauteur des besoins, ce dont on est loin.

    Dr Pierre Rimbaud.

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