Une politique d’environnement pour prévenir le cancer du sein ?

Fléau public par sa fréquence, le cancer du sein (KS) est aussi préoccupant par les effets indésirables liés à son traitement, (motricité du bras, accidents cardiovasculaires, troubles sexuels, etc.) et par son coût ; la meilleure tactique serait donc de le prévenir, en luttant contre les facteurs qui le favorisent. Le risque en est par exemple quintuplé dans les pays industrialisés par rapport aux pays en voie de développement.

Les auteurs ont travaillé sur 2 bases, accessibles sur www.silentspring.org/sciencereview : l’une sur les données épidémiologiques (régime alimentaire, polluants, activité physique) et l’autre sur les données toxicologiques (substances potentiellement carcinogènes, durée d’exposition, professions exposées, etc.)

Bien que l’écrasante majorité des toxiques impliqués dans la carcinogenèse des KS n’aient jamais fait l’objet d’une étude épidémiologique, 75 d’entre eux sont présents dans les produits de consommation courante, et 25 sur les lieux de travail de plus de 5000 femmes, sans que cela ait entraîné une politique de prévention (mammographies obligatoires par ex).

Les recherches multiples concernant l’alimentation (consommation de graisses, de fruits et légumes, de vitamines, d’antioxydants, etc.) n’ont pu établir de relation probante avec la survenue de KS.

En revanche, les polluants environnementaux, tels les organochlorés (utilisés avant leur interdiction dans le dégraissage des métaux, les industries de la colle, les composants électriques..), les hydrocarbures polycycliques (gaz d’échappement des véhicules auxquels on ne peut justement pas.. échapper), les solvants organiques ont tous démontré chez l’animal leur rôle carcinogène direct ou de  perturbateurs endocriniens.

L’étude de l’exposition à ces toxiques est compliquée par le fait qu’elle est souvent inconnue de la malade, pouvant remonter à la petite enfance, voire à la vie in utero. De surcroît, les facteurs sont souvent associés (pauciparité, activité physique, régime alimentaire) et les transferts atmosphériques expliquent que l’on trouve des pesticides jusque dans l’Arctique, où ils ne sont pas utilisés, ce qui rend leur implication en un lieu donné plus contestable. Enfin certains facteurs ont des rôles différents selon l’âge : ainsi l’obésité protègerait du KS les femmes jeunes et y exposerait au contraire après la ménopause.

Malgré ces incertitudes et difficultés, la politique sanitaire se doit de réduire au minimum les expositions aux toxiques, comme cela a été fait pour les organochlorés.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Green Body J et coll. : Environmental pollutants, diet, physical activity, body size, and breast cancer. Cancer 2007 ; 109(12 Suppl) : 2627-34.

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Vos réactions (1)

  • "Une politique d’environnement pour prévenir le cancer du sein ?"

    Le 05 décembre 2007

    On semble oublier que les hydrocarbures (poly)cycliques ont été introduits dans les carburants automobiles précisément pour des raisons "environnementales" en remplacement, comme antidétonnant, du plomb tétraéthyle. Comme quoi "incidit in Scyllam quis vult vitare Charybdim" - spécialement chez les "écolos".

    Jean-François Foncin

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