Utilité de la mifépristone dans la prise en charge des fausses couches précoces

Actuellement, les fausses-couches du premier trimestre de la grossesse sont assez souvent découvertes alors que la femme ne présente encore aucun symptôme de fausse-couche. Ce contexte non urgent permet de proposer à la patiente une prise en charge non chirurgicale.

Certaines patientes choisissent d’attendre l’expulsion spontanée, d’autres préfèrent une prise en charge plus active. Le misoprostol est recommandé dans de nombreux guidelines, en une prise à domicile. A la dose de 800 μg, administré par voie vaginale, il a toutefois un taux d’échec se situant entre 15 % et 40 %, ce qui nécessite alors une deuxième prise, conduisant à prolonger la durée du traitement, ou finalement oblige à une aspiration.

L’intérêt d’y associer la mifépristone est jusqu’ici discuté. C’est pourquoi une équipe états-unienne a réalisé un essai randomisé incluant 197 patientes présentant une fausse couche de début de grossesse (entre 5 et 12 semaines d’aménorrhée). Les unes (n = 148) recevaient un pré-traitement par mifépristone à la dose de 200 mg per os, suivi 24 heures plus tard de 800 μg de misoprostol par voie vaginale. Les autres (n = 149) prenaient le misoprostol seul à la même dose. Le suivi était organisé pour 30 jours. L’objectif de l’étude était de déterminer le taux d’expulsion du sac gestationnel après la première dose de misoprostol.

Moins de recours à l’aspiration

Le pré-traitement par la mifépristone est associé à un taux significativement plus élevé d’expulsions complètes dès la première visite de contrôle, 1 à 4 jours après la prise de misoprostol (124 vs 100 ; risque relatif RR 1,25 ; intervalle de confiance à 95 % IC 1,09 à 1,43). La nécessité d’une aspiration utérine s’impose moins souvent dans le groupe ayant bénéficié du pré-traitement (8,8 % vs 23,5 % ; RR 0,37 ; IC 0,21 à 0,68). Finalement, à l’issue du suivi de 30 jours, 13 personnes du 1er groupe (8,8 %) et 35 du second (23,5 %) avaient eu recours à une aspiration (RR 0,37 ; IC 0,21 à 0,68). L’analyse en sous-groupes ne retrouve pas de différences significatives selon le stade de la grossesse, la parité ou le type de fausse couche (grossesse anembryonnaire ou mort embryonnaire).

Enfin, en ce qui concerne les effets indésirables, les hémorragies nécessitant une transfusion sont plus fréquentes dans le groupe ayant reçu le prétraitement par mifépristone (3 vs 1), et une infection pelvienne est diagnostiquée chez 1,3 % des patientes de chaque groupe. 

Dr Roseline Péluchon

Référence
Schreiber C A et coll. : Mifepristone Pretreatment for the Medical Management of Early Pregnancy Loss. N Engl J Med., 2018; 378:2161-2170

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Vos réactions (1)

  • Libéraliser la vente de la mifepristone

    Le 15 juin 2018

    Il y a longtemps que nous supposions que l'expulsion de grossesses arrétées pouvait etre réalisé avec succés par l'association RU - Cytotec, et un certain nombre d'entre nous pratiquaient déja ainsi. Le cytotec vient d'être heureusement remis sur le marché, mais il faudrait au plus tôt libéraliser la vente de la mifepristone pour pouvoir l'utiliser sans les contraintes administratives actuelles, d'un autre âge! Tout le monde y gagnerait, la sécu, les médecins mais surtout les femmes.


    Dr Didier Pomares

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