Vaccin contre la rougeole, des contre-indications qui n’en sont pas

L’éradication de la rougeole en Europe était l’un des objectifs de l’OMS pour 2015. Objectif non atteint, comme l’attestent les 4 484 cas de rougeole dénombrés dans 30 pays européens entre février 2016 et janvier 2017. Les plus grands nombres de cas ont été rapportés en Roumanie, le Royaume Uni et l’Italie, avec les enfants de moins de 5 ans comptant pour plus de 40 % des patients.

Toujours selon l’OMS, la prévention de la dissémination de la rougeole et son éradication nécessitent, au niveau local, une couverture vaccinale d’au moins 95 %. Au cours de l’épidémie de 2016 en Italie, la Campanie était la région la plus touchée, avec une incidence de 2,9/100 000 habitants. Or, 92 % des enfants de moins de 2 ans avaient reçu au moins 1 dose de vaccin. Il était alors suggéré que l’augmentation de l’incidence de la rougeole dans cette région était l’expression d’une réduction du taux de vaccination chez les enfants plus âgés. En Italie, la vaccination contre la rougeole est préconisée à 12-15 mois, avec un rappel entre 5 et 6 ans.

Moins de 5 % des motifs de refus invoqués sont de réelles contre-indications

L’identification des raisons qui poussent les parents et les soignants à refuser ou à négliger la vaccination semble une démarche essentielle pour améliorer la couverture vaccinale. Une équipe italienne s’y est attelée et a interrogé les familles de 1 141 enfants (âge médian 7 ans ; 47,2 % de garçons). Le taux de couverture vaccinale est de 84,1 % (enfants ayant reçu au moins une dose), et 15,9 % des enfants n’ont pas été vaccinés. Parmi les enfants vaccinés, moins de la moitié (49,6 %) ont reçu les 2 doses. La couverture vaccinale est inférieure à celle observée pour les autres vaccins recommandés pour l’enfant de plus de 15 mois (DTaP-HB-IPV-Hib) qui est de 97,7 %. La couverture vaccinale varie significativement selon les groupes d’âge, le taux le plus bas étant observé chez les moins de 24 mois (67,8 % vs 83,6 % pour les moins de 6 ans). Parmi les enfants incomplètement ou non vaccinés, seulement 14,4 % des familles expriment leur intention de faire vacciner leur enfant dans un futur proche.

Les raisons évoquées par les familles pour ne pas vacciner leur enfant sont la crainte des effets indésirables (48,7 %), la présence d’une maladie chronique (9,5 %), l’oubli d’un rendez-vous (11 %), le refus de toute vaccination (9,9 %), la présence d’une maladie aiguë au moment de la vaccination (6,8 %) et l’allergie à l’œuf (4,6 %).

En comparant les raisons avancées par les familles avec les indications des autorités sanitaires, seulement 4,7 % de ces raisons sont de réelles contre-indications et 3 % supplémentaires sont sur la liste requérant des précautions.

La couverture vaccinale la plus basse se trouve chez les plus à risque…

Les auteurs notent que l’une des barrières principales à la vaccination est la crainte des effets indésirables, comptant pour près de la moitié des raisons des vaccinations manquantes. Il s’agit notamment de l’hypothèse d’un lien entre la vaccination contre la rougeole et les troubles de la sphère autistique qui continue, 20 ans après sa publication par Wakefield and coll. d’inquiéter les parents, malgré les preuves accumulées de résultats falsifiés. Mais, ainsi que l’indiquent les auteurs, en terme de vaccination, les faits prouvés sont loin d’avoir la même résonance dans les média que les « fausses nouvelles » sur les vaccins.

Ces données font ressortir toutefois que les stratégies pour améliorer la couverture vaccinale devraient impliquer aussi les professionnels de santé, pour qu’ils saisissent toutes les opportunités de mettre à jour le calendrier vaccinal de leurs patients, qu’ils proposent des rattrapages le cas échéant, et s’assurent de l’existence de réelles contre-indications à la vaccination, notamment en ce qui concerne les maladies chroniques et les allergies.

Notons pour terminer que la couverture vaccinale la plus basse se retrouve, dans cette étude, chez les enfants de moins de 2 ans et ceux présentant une maladie chronique, deux catégories les plus exposées à de sévères complications et au décès.

Dr Roseline Péluchon

Références
Lo Vecchio A et coll. : Determinants of low measles vaccination coverage in children living in an endemic area. Eur J Pediatr., 2019;178(2):243-251. doi: 10.1007/s00431-018-3289-5.

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