Vaccin HPV : vers un élargissement de la recommandation à tous les garçons ?

Paris, le jeudi 7 juin 2018 – Au printemps 2017, l’élaboration des recommandations vaccinales a été transférée du comité technique des vaccinations du Haut conseil de la santé publique (HCSP) à la Commission technique des vaccinations (CTV) de la Haute autorité de Santé (HAS). Ce transfert n’aura pas été qu’un glissement administratif comme l’a révélé hier la présentation de son premier bilan annuel par la CTV. Des différences certaines ont émergé, notamment conceptuelles. « La CTV s’est ouverte à d’autres compétences, avec un membre infirmier et un autre pharmacien par exemple, mais également à la société civile, avec un représentant des usagers » a fait remarquer, cité par le Quotidien du médecin, le vice-président de la CTV, le professeur Daniel Floret, auparavant membre du HCSP. Le spécialiste estime également que le changement structurel a contribué à « une meilleure prise en compte de l’évaluation médico-économique, fondamentale dans la prise de décision ». Le fait que désormais l’organe chargé des recommandations vaccinales appartienne à la même entité que celui qui émet les avis concernant le remboursement des vaccins n’est sans doute pas étranger à cette prise de conscience.

Vacciner seulement les jeunes homosexuels : une recommandation sujette à questions

L’évolution de la CTV pourrait également avoir un impact plus concret sur les recommandations vaccinales. Le professeur Elisabeth Bouvet, présidente de la CTV, a donné un aperçu des changements possibles en évoquant le cas de la vaccination contre les papillomavirus humains (HPV). Dans une de ses dernières décisions, le comité technique des vaccinations du HCSP avait choisi, concernant les garçons, de ne recommander que la seule vaccination de ceux ayant des relations sexuelles avec d’autres garçons. Ce choix avait surpris un grand nombre d’observateurs, en raison de sa différence avec les stratégies adoptées dans la plupart des autres pays. Beaucoup avaient fait remarquer que cette limitation pouvait être considérée comme la manifestation d’une défiance vis-à-vis du vaccin, qui est déjà l’objet d’une forte réticence. Par ailleurs, une telle disposition paraissait entériner l’idée que la vaccination est d’abord destinée à se protéger soi-même et semblait méconnaître sa dimension d’acte collectif. Enfin, il était apparu qu’en pratique une telle recommandation pourrait être difficile à appliquer tant est encore souvent difficile (et parfois douloureuse) la révélation par des adolescents de leur orientation sexuelle. La force de ces arguments était telle qu’une majorité de professionnels avait à travers un sondage réalisé sur notre site désavoué la position du HCSP. Aujourd’hui, prenant sans doute acte de la pertinence de ces observations et alors que de nouvelles études (notamment au Canada) ont confirmé l’absence d’association entre le vaccin et la survenue de maladies auto-immunes, le professeur Bouvet a indiqué réfléchir à un élargissement de la recommandation vaccinale à tous les garçons. « Peut-être que si on propose un schéma de vaccination différent, l’acceptabilité du vaccin sera supérieure » a notamment signalé le professeur Bouvet, alors que la couverture est très basse en France et ne permet nullement d’espérer des résultats comparables à ceux de l’Australie où la quasi disparition du HPV à moyen terme est aujourd’hui raisonnablement envisagée.

Vaccination contre la grippe : élargissement de l’expérimentation en officine

Outre ce possible changement concernant la vaccination HPV (sans qu’aucune date n’ait été cependant avancée), qui pourrait faire écho à la position plus « volontariste » du gouvernement actuel, saluée par la CTV, cette dernière, en passant en revue les neuf recommandations émises en un an, a également remarqué l’importance de se concentrer d’avantage sur les sujets plus âgés. « Nous avons des lacunes en France sur la vaccination contre la grippe, il y a des choses à faire » ont ainsi remarqué les responsables de la CTV. Cette ambition est également largement partagée par les autorités qui ont annoncé hier que la vaccination grippale en pharmacie, expérimentée cet hiver, allait être dès cet automne élargie à deux régions supplémentaires, l’Occitanie et les Hauts de France.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (4)

  • Vaccin HPV pour les garçons

    Le 08 juin 2018

    Encore du grand n'importe quoi!
    Mais c'est vrai que ça peut doubler les ventes quelques centaines de milliers en plus c'est tout benef !

    Dr Jean-Marc Rehby

  • C’est un peu court, Dr Rehby

    Le 10 juin 2018

    Le Dr Rehby a-t-il des arguments plus sérieux à opposer à ceux que l’article a, lui, exposé avec précision ?

    Dr Anne-Claire Moreau

  • Croyons nous être plus intelligents ?

    Le 10 juin 2018

    Pour éradiquer une maladie transmissible, la vaccination, quant elle est possible, est de loin le meilleur moyen. Si l'on vaccine la population à 50% (que les filles) nous ne pourrons pas arriver à ce but. Pourquoi faut-il qu'en France nous ne tenions pas compte des études et expériences d'autres pays. Croyons nous être plus intelligents?

    Dr Christian Marty

  • Vaccination HPV pour les deux sexes

    Le 10 juin 2018

    C'est une évidence, il faut vacciner les deux sexes si on veut réduire les lésions pré-cancéreuses liées au HPV, et cela quelle que soit l'orientation sexuelle, et même sans attendre qu'elle soit précisée (tranche d'âge 11/15 ans), ce n'est pas le problème, puisqu'il s'agit à la fois de protéger les personnes des cancers liés au HPV et d'éviter la transmission du HPV, ce qui concerne évidemment aussi les garçons n'en déplaise au Dr Jean-Marc Rehby qui n'a rien compris au problème.

    Les études australiennes (on y vaccine les deux sexes) ont clairement montré le bénéfice de la vaccination dans les deux sexes.
    Ou alors il ne faut vacciner personne !


    Dr Michel de Guibert

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