Vacciner les femmes enceintes

Les gynécologues-obstétriciens ont un rôle important à jouer dans la prévention des pathologies infectieuses et la vaccination. C’est ce que pensent les membres de l’American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG), qui a réuni un groupe d’experts pour étudier ce thème, thème qui a trouvé une nouvelle résonance lors de la survenue de l’épidémie de grippe de 2009 puis plus récemment lors l’infection par le virus Zika.

Les recommandations de L’ACOG et de l’Advisory Comitee on Immunization Practices of CDC distinguent 4 catégories de vaccins :

Les vaccins recommandés systématiquement durant la grossesse :

- Le vaccin inactivé contre la grippe -sans adjuvant- peut être fait quel que soit le terme de la grossesse. Il a une bonne efficacité chez la mère, ainsi que chez le nouveau-né grâce au passage trans-placentaire des anticorps maternels, apportant une protection de plusieurs semaines et diminuant les formes graves de grippe chez les nouveau-nés (les nourrissons ne peuvent être vaccinés avant l’âge de 6 mois).
- Le vaccin combiné contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche et la poliomyélite (dTcaP) est recommandé entre 27 et 36 SA pour prévenir la coqueluche du nouveau-né. Les indications de cette vaccination ont évolué au fil du temps, face à la recrudescence de la coqueluche. En 2006 il était recommandé de la faire en période préconceptionnelle ou en post-partum (recommandation en cours en France, aujourd’hui), puis il a été recommandé de vacciner l’entourage du nourrisson (cocooning), puis de vacciner en cours de grossesse les femmes qui n’avaient jamais été vaccinées, et enfin, en 2012, de refaire ce vaccin pour chaque grossesse entre 27 et 36 SA afin de protéger les nouveau-nés durant ses premières semaines de vie. Malgré le début précoce de cette vaccination chez les enfants, ils ne sont protégés contre la coqueluche que lorsque la vaccination est complète, soit vers l’âge de 6 mois.

Les vaccins recommandés dans certaines circonstances durant la grossesse :

- soit pour des raisons médicales en rapport avec l’état de santé de la mère : vaccins contre le pneumocoque, et l’Haemophilus influenzae de type b.
- soit lors de voyages dans des zones de forte endémicité ou en cas d’épidémie : vaccins contre l’hépatite A, la poliomyélite (vaccin inactivé), la fièvre jaune, la typhoïde (vaccin inactivé), le méningocoque, l’encéphalite japonaise, la rage, l’anthrax, la variole.
- soit parce que la femme a un comportement à risque : vaccin contre l’hépatite B.

Les vaccins contre-indiqués durant la grossesse :

- le vaccin combiné contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR).

Les vaccins vivants possèdent « un potentiel de risque infectieux théorique » (sic) pour le fœtus.

La vaccination contre la rubéole peut être faite en période préconceptionnelle, au moins 4 semaines avant la grossesse, ou en post-partum, chez les femmes séronégatives. Cependant aucun cas de rubéole congénitale post-vaccinale n’a été décrit après un ROR.

- la vaccination contre la varicelle n’est pas recommandée pendant la grossesse, mais peut être envisagée en dehors de la grossesse en l’absence d’antécédents cliniques et en cas de séronégativité.
- le vaccin contre la tuberculose (BCG)
- le vaccin contre le zona : vaccin recombinant réservé aux personnes de plus de 50 ans.
- les vaccins vivants atténués qui peuvent être remplacés par des vaccins inactivés ou recombinants.
- le vaccin contre les infections à papillomavirus humains (HPV) qui n’est pas nécessaire durant la grossesse, bien qu’il soit sans risque, toute vaccination incomplète pouvant être poursuivie après l’accouchement.

Les vaccins en cours d’étude chez la femme enceinte :

- le vaccin contre le virus respiratoire syncytial (VRS) responsable de la bronchiolite : plusieurs vaccins sont en cours de développement chez la femme enceinte, l’immunisation materno-fœtale apportant aux enfants une protection dès leur naissance.
- le vaccin contre le Streptocoque B : des études sont en cours pour mettre au point un vaccin multivalent nécessaire à la protection de la mère et de l’enfant.

Durant les décennies passées, la vaccination des enfants a permis une nette diminution des pathologies pour lesquelles un vaccin existait : on peut souhaiter que le développement de la vaccination maternelle puisse, elle aussi, réduire les infections des mères et des nouveau-nés.

Dr Catherine Vicariot

Référence
Munoz FM et Jamieson DJ : Maternal Immunization. Obst Gynecol., 2019 ; 133 : 739–753

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (2)

  • Sacrés américains !

    Le 16 avril 2019

    La variole est éradiquée (son vaccin confiné en cas d'attaque biologique), le vaccin contre la fièvre jaune est contre-indiqué chez la femme enceinte (à moins d'un très gros risque pour un voyage inévitable) et bravo à celui qui sait nous dire où trouver l'indication (et le produit) du vaccin contre l'anthrax chez le voyageur (en France en tous cas). Et j'aime bien aussi leur remarque sur la femme qui a "un comportement à risque" au sujet de la protection contre l'hépatite B...

    Par contre, en France, le rappel dtpcoq n'est toujours pas dans les recommandations chez la femme enceinte alors qu'aucun effet délétère n'a été constaté ; l'AMM vient d'être obtenue pour l'un deux au troisième trimestre.

    Dr Blandine Courtot

  • Question sur vaccins et grossesse

    Le 18 avril 2019

    J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre article .
    Pourriez vous préciser ; vaccin anti grippal sans adjuvant ?

    J’ai vérifié sur le Vidal, je pense que les femmes enceintes (en dehors de l’épidémie H1N1) ne peuvent pas bénéficier de ce type de vaccin :il n’y en a pas.
    Quant aux vaccins contre l’HPV, expliquez moi l’intérêt d’une reprise vaccination après accouchement.

    Dr Patricia Erbibou .

Réagir à cet article