Valeur d’une association de symptômes pour poser le diagnostic de cancer colorectal

Il est communément admis que les cancers colorectaux (KCR) se manifestent par plusieurs variétés de symptômes non spécifiques : douleurs abdominales(A), rectorragies ou mélaena (B), troubles du transit (C), douleurs ou prurit anaux (D), tous banals dans les pathologies bénignes, ce qui diminue leur valeur d’alerte. Mais, leur association à la perception d’une tumeur abdominale ou rectale, à une anémie ferriprive, ou leur révélation en urgence par une complication, enrichit la palette diagnostique. Pour identifier les patients à haut risque de KCR, et leur éviter des examens multiples, coûteux et chronophages, les auteurs ont tenté de mettre en place des directives basées sur l’association de symptômes.

L’étude, prospective, a concerné les malades ayant consulté de 1985 à 1997 au centre chirurgical de Portsmouth (Hampshire) pour troubles intestinaux. Ils ont été répartis en 9 classes d’âge quinquennales (de 40 à > 80 ans), et les principaux symptômes, isolés ou associés ont été répertoriés, pour en définir la valeur prédictive positive, la sensibilité, et la spécificité pour arriver au diagnostic final de KCR. Une sigmoïdoscopie à l’endoscope souple a été pratiquée de principe, suivie d’une coloscopie ou d’un lavement opaque en cas de doute.

Au final, sur 8 529 malades, le diagnostic de KCR a été posé 467 fois (5,5 %). En tout, 71 % des malades se plaignaient de B, 77 % de C et 53 % de B+C. L’association B+D ou des douleurs isolées (A) n’annonçaient que rarement le diagnostic (8 et 3 %). On peut donc noter que la douleur (A) n’a guère de valeur (risque relatif RR=1), que la présence de signes périanaux réduit la probabilité de KCR (RR=0,4) alors que l’association B+C l’augmente (RR=4). Le risque est encore un peu plus élevé s’il existe une association B+C sans A ni D (RR= 5,7). Chez les malades apparemment à faible risque (par ex. B+D), le diagnostic a pu être rattrapé par la découverte d’une masse abdominale ou au toucher rectal, ou par la notion d’une anémie ferriprive.
 
Par ailleurs, les malades porteurs de KCR étaient plus âgés (96 % avaient > 50 ans, vs 70 % pour la cohorte totale). Le RR des sujets de plus de 79 ans est 30 fois plus élevé que celui des moins de 40 ans. Dans les 3 ans, sont apparus 6 KCR méconnus, tous dans la partie terminale du colon ou le rectum, qui avaient été explorés par le sigmoïdoscope souple.
L’association de symptômes, ajustée par classes d’âge, a plus de valeur diagnostique qu’un symptôme isolé pour soupçonner un cancer colorectal.

Dr Jean-Fred Warlin

Références
Thompson MR et coll. : Predicting value of common symptom combination in diagnosing colorectal cancer. Brit J Surg., 2007 ; 94 : 1260-5.

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