Variations de l’incidence des pneumonies à Pseudomonas sous ventilation mécanique

Pseudomonas aeruginosa est impliqué dans 24 % des pneumopathies acquises sous ventilation mécanique (PAVM) documentées par bronchoscopie, dans une série provenant principalement de centres en Europe et aux États-Unis d'Amérique. Dans le cadre d'une vaste étude européenne sur la septicémie chez les patients en soins intensifs et réanimation, le seul micro-organisme associé indépendamment à une augmentation des taux de mortalité a été Pseudomonas. De plus, il existe une influence saisonnière sur les infections nosocomiales par des bactéries gram-négatives, dont Pseudomonas aeruginosa : dans 132 hôpitaux américains, la fréquence des septicémies à Pseudomonas aeruginosa était  plus élevée de 28 % en été par rapport à l’hiver.

Quelles sont la répartition géographique et l’importance des pneumopathies à Pseudomonas aeruginosa acquises sous PAVM dans le monde et quelles sont les raisons de ces variations ? Questions auxquelles s’attaque une étude de la littérature, par modèle de méta-régression à effets aléatoires, selon des facteurs de groupe, tels que l’admission pour traumatisme, l’année de publication et le recours aux prélèvements bactériologiques par fibroscopie à visée diagnostique.

Du simple au double dans le monde

Un recueil de l’incidence des PAVM à Pseudomonas apparaît dans 162 études publiées au cours d’une période de 30 ans dans sept régions du monde. Bien que l’incidence globale des PAVM ne varie pas de façon significative entre les six régions étudiées, (p = 0,36) - ce qui est déjà très surprenant en raison des conditions d’hygiène et des politiques d’antibiothérapie très différentes - l’incidence de PAVM à Pseudomonas la plus élevée est enregistrée au Moyen-Orient et en Méditerranée, soit respectivement 6,8 ; 5,2-9,0 (moyenne ; intervalle de confiance à 95 % IC à 95 %) et 6,9 ; 5,4-8,8 par 1 000 jours de ventilation mécanique. L’incidence la plus basse est rapportée dans les services de réanimation de l'Amérique du Nord (3,7 ; 2,3-5,9).

En appliquant un modèle de méta-régression, la variation de l'incidence des PAVM n'a pas été associée de façon significative à l'échantillonnage bronchoscopique dans le diagnostic de PAVM (p = 0,12) ni à l'admission dans un service de réanimation traumatologique (p = 0,13).

Par ailleurs, un déclin du nombre d’espèces de Pseudomonas associées à la PAVM est noté au cours des trois décennies étudiées, sans que la signification clinique en soit claire étant donné les changements des normes de soins au cours de cette longue période.

Cette étude ambitieuse comporte plusieurs limitations, dont le fait de ne prendre en compte que les articles en anglais, deux articles en anglais résumant 195 études chinoises avec une incidence globale de PAVM de 23,8 (IC à 95 % ; 20,6-27,2) pour 1 000 jours de ventilation mécanique alors que dans 28 études chinoises Pseudomonas aeruginosa représente 19,4 % des isolats. Les durées de ventilation mécanique pour chaque patient, n’ont pu être explorées au niveau du groupe d'analyse. Enfin, comme lors de toute enquête multinationale, il existe une gamme de définitions comportant divers critères d'évaluation clés dans la documentation, par exemple du diagnostic de la PAVM.

Néanmoins, l'incidence des PAVM associée aux Pseudomonas mesurée dans six régions du monde varie de moins du simple au double, avec une certaine diminution selon l'année de publication. L'admission en unité de soins intensifs de traumatologie est un facteur important qui sous-tend les variations de l'incidence globale de la PAVM, mais curieusement pas de la PAVM à Pseudomonas.
 

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Hurley JC : Worldwide variation in Pseudomonas associated ventilator associated pneumonia. A meta-regression. J Crit Care. 2019; 51: 88-93. doi: 10.1016/j.jcrc.2019.02.001.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article