Vente de médicaments en ligne : Lagardère a-t-il une botte secrète ?

Paris, le mardi 25 mars 2014 – Est-ce le signe qu’en dépit de débuts timides, en raison d’une hostilité partagée par les pharmaciens et les patients, la vente de médicaments en ligne est promise à un bel avenir ? Ou faut-il y voir plutôt une prise de risque étonnante de la part du groupe Lagardère Active qui détient le célèbre portail d’information grand public sur la santé, Doctissimo ? L’information a quoi qu’il en soit alimenté les commentaires : Doctissimo se lance sur le marché de la pharmacie en ligne.

Une réglementation complexe et hostile

C’est une entreprise très délicate tant les contraintes réglementaires sont importantes : les pouvoirs publics ont en effet encadré le plus strictement possible la vente de médicaments en ligne, quitte même parfois à se faire rappeler à l’ordre par le Conseil d’Etat. Ainsi, la mutualisation des pharmacies d’officine vers un seul site de e-commerce n’est jusqu’à présent pas possible et sur ce point la haute juridiction administrative a par le passé plutôt donné raison au gouvernement. Doctissimo n’entend cependant pas se substituer aux pharmacies mais travailler en collaboration avec elles. Ainsi, s’agit-il d’offrir « une solution clé en main qui permet aux pharmaciens ayant une officine physique sur le territoire français de créer leur officine en ligne » indique un communiqué publié sur le site de Lagardère Active annonçant la création de « Doctipharma ». Ce dernier fonctionnerait donc à la manière d’un « hébergeur », qui regrouperait et référencerait (voire classerait ?) plusieurs sites créés sous le même format. Or, sur ce point aussi, des règles précises ont également été prévues par l’arrêté énumérant les « bonnes pratiques » s’imposant aux pharmaciens. L’hébergeur doit être « titulaire d’un agrément couvrant un service d’hébergement de site de vente en ligne de médicament » rappelait au début de l’année l’Agence des systèmes d’information partagés en santé (ASIP), une dénomination dont on ne sait si elle est similaire au fait d’être un « hébergeur agréé données de santé », comme se présente Doctipharma. Consciente de l’existence de cette jungle règlementaire hostile, la directrice de DoctiPharma, Stéphanie Barré assure : « Nous prendrons soin de développer cette offre en suivant scrupuleusement les recommandations des autorités de santé ». Ce qui explique sans doute que le lancement de la vente en ligne n’est pas prévu avant plusieurs mois et que pour l’heure ce sont les produits de parapharmacie qui tiennent la vedette.

Doctissimo casse les prix

Toujours dans le souci de rassurer les autorités et l’Ordre des pharmaciens qui pourrait ne pas voir d’un très bon œil cette percée de Doctissimo (et s’inquiéter notamment de ses pratiques « publicitaires »), Stéphanie Barré observe citée par le Figaro : « La différence par rapport aux autres sites, c’est que nous apporterons une sécurité et une garantie aux internautes grâce à la caution Doctissimo. En allant sur notre site, les clients sauront qu’il ne s’agit pas d’un site illégal basé à l’étranger mais d’un site sérieux et fiable ». Outre les autorités, Doctipharma se doit également de séduire les pharmaciens. Bien sûr la réputation de Doctissimo pourrait en attirer plus d’un. Les prix proposés par le portail sont également attractifs. Aujourd’hui, le coût de la création d’un site de vente en ligne est de 15 à 20 000 euros auxquels s’ajoutent entre 270 et 500 euros de frais mensuels de gestion. Selon le Figaro, chez Doctissimo, le caractère « clé en main » contribuera à une très forte diminution des prix puisque le tarif pourrait se restreindre à 79 euros par mois, mais auxquels à terme le site de Lagardère voudrait ajouter 10 à 15 % du volume des ventes (à condition que cela soit conforme aux règles en vigueur). Déjà, sept pharmaciens ont signé un partenariat avec Doctipharma, tandis que ce dernier espère pouvoir compter 2 000 pharmacies dans son réseau. Ce lancement signe la volonté de Doctissimo d’élargir son  champ d’action : « Au-delà de l’information et des espaces de discussions, nous souhaitons nous diversifier vers une offre de services qui rapproche les internautes des professionnels de santé » confirme Valérie Brouchoud, présidente de Doctissimo.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé.
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article