Vers un monde sans Sida ?

Lyon, le jeudi 10 octobre 2019 – C’est un rendez-vous crucial pour le combat contre trois maladies : la tuberculose, le paludisme et le Sida qui provoquent la mort de plus de trois millions de personnes chaque année. Cependant, la conférence qui se tient depuis hier à Lyon dédiée au financement du Fonds mondial contre la tuberculose, le paludisme et le Sida s’est en grande partie concentrée sur cette dernière pathologie (prolongeant une tendance bien établie depuis plusieurs années).

Il faut dire qu’en la matière l’espoir n’est pas contrefait et que l’objectif fixé par l’ONU d’un monde sans Sida (en tout cas sans nouvelles contaminations par le VIH), ce vieux rêve formulé depuis près de quarante ans semble désormais à portée de main. 

Plus certainement qu’un congrès scientifique, cette conférence est une véritable levée de fonds dont l’objectif est de réunir un minimum de 14 milliards de dollars (12,8 milliards d’euros) pour la période 2020-2022. Le rendez-vous est si important qu’une délégation française, dirigée par le Président de la République Emmanuel Macron a accueilli les nombreux chefs d’état et les philanthropes venus participer aux discussions.

Pays hôte, la France a par ailleurs donné l’exemple en indiquant ce matin qu’elle augmentera de 15 % sa contribution qui s’élevait déjà à 1,08 milliard de dollars tous les 3 ans.

Sida : le début de la fin en France ?

De la même manière, l’espoir d’une disparition du Sida s’observe d’abord en France. En effet, bien qu’il faille demeurer prudent, tant des évolutions de tendances sont possibles, les chiffres publiés hier par Santé Publique France (SPF) suscitent l’enthousiasme.

Ainsi, le nombre total de personnes ayant découvert leur séropositivité VIH en France en 2018 est estimé à 6 155 (vs 6 583 en 2017) soit une « diminution significative » de 7 %. Une baisse longtemps attendue qui fait suite à plusieurs années de stabilité.

Ces données cachent cependant de fortes disparités : les nouvelles contaminations sont ainsi toujours beaucoup plus nombreuses en Guyane et en Ile-de-France que dans les autres régions.

Dans le détail, on relèvera que les personnes ayant découvert leur séropositivité en 2018 ont été contaminées par rapports hétérosexuels (56%), rapports sexuels entre hommes (40%), usage de drogues injectables (2%), ou un autre mode de transmission (2%). Les hommes ont été contaminés majoritairement par rapports sexuels entre hommes (61%). Quant aux femmes (35 % des nouvelles contaminations), elles ont été contaminées par des rapports hétérosexuels pour 96% d’entre elles.

En outre, la majorité des découvertes en 2018 (56%) concerne des personnes nées à l’étranger, dont 66 % dans un pays d’Afrique subsaharienne, 13 % dans un pays du continent américain ou à Haïti, 10 % en Europe hors France et 10 % dans un autre pays. La proportion de personnes nées à l’étranger est plus importante chez les femmes que chez les hommes (81% vs 43%).

Les diagnostics précoces représentent 25% des découvertes chez les adultes en 2018, tandis que les diagnostics à un stade avancé de l’infection (stade Sida ou moins de 200 CD4/mm3 hors primo-infection) sont également stables (autour de 30 %).

Les personnes présentant une charge virale élevée (≥ 100 000 copies/ml) au moment de la découverte représentent 38% des infections détectées en 2018 (44% chez les HSH*, 35% chez les hétérosexuels et 32% chez les UDI). Parmi les personnes ayant découvert leur séropositivité en 2018, 17% étaient co-infectées par une infection sexuellement transmissible (IST) bactérienne, 5 % par le VHB et 5 % par le VHC.

Chez les patients entrés au stade Sida en 2018, la majorité (63%) ignoraient leur séropositivité et n’avaient pu bénéficier de traitements antirétroviraux (ARV) et 19% connaissaient leur séropositivité mais n’avaient pas été traités par ARV. Seuls 18% avaient reçu des ARV.

En 2018, les pathologies inaugurales de Sida les plus fréquentes, identifiées de façon isolée, sont la pneumocystose (22%), la candidose œsophagienne (8%), la tuberculose pulmonaire (7%), le Kaposi (7%), la toxoplasmose cérébrale (7%) et les lymphomes (7%). La part des pathologies inaugurales multiples est en augmentation depuis 2013 (12%), elles représentent aujourd’hui 18% des diagnostics de Sida.

En revanche, dans ce rapport relativement exhaustif, rien n’est dit sur le nombre de décès dû à ces infections opportunistes (327 en 2010).

Pourquoi cette tendance à la baisse ?

Pour expliquer cette baisse de 7 % qui confirme des résultats préliminaires publiés il y a quelques semaines qui faisaient état d’une diminution de près de 20 % des séroconversions dans la population gay parisienne, les auteurs avancent deux éléments majeurs.

Bien sûr le traitement précoce des personnes séropositives, mais aussi la diffusion progressive de la PrEP depuis 2016 chez les HSH qui « a probablement également contribué, de façon plus récente, à la diminution de l’incidence du VIH » soulignent prudemment les auteurs.

Si des réserves continuent d’exister concernant la PrEP, notamment en raison des risques d’augmentation parallèle des autres infections sexuellement transmissibles, de tels chiffres paraissent un signal encourageant à son développement. D’ailleurs s’inscrivant dans ce cadre, le ministre de la Santé, Agnès Buzyn a indiqué hier que « le déploiement de la PrEP doit se poursuivre » et précisé que « des travaux sont en cours pour permettre aux médecins généralistes d’initier une telle prophylaxie », cette initiation étant, pour l’heure réservée à certains spécialistes hospitaliers.  

*Hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes

F.H.

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