Vers une remise en cause de l’Aide médicale d’Etat ?

Paris, le lundi 5 août 2019 - Une mission a été confiée par le gouvernement à l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et à l’Inspection générale des finances (IGF) sur l’Aide médicale d’État (AME).

Ces deux organismes doivent rendre leur copie début octobre alors que débutera un nouveau débat parlementaire sur l’immigration.

L’AME est, on le sait, un dispositif qui permet aux étrangers en situation irrégulière, résidant en France depuis plus de trois mois, de bénéficier gratuitement d’un accès aux soins. Elle concerne environ 300 000 personnes pour un coût annuel d’un milliard d’euros. Régulièrement, les dérives potentielles de ce dispositif et son coût sont l’objet de débats et interrogations parlementaires et politiques.

Aujourd’hui, selon des indiscrétions dévoilées par Le Monde, les réflexions des pouvoirs publics à l’origine de la saisine de l’IGAS et de l’IGF iraient dans le sens de « la mise en place d’un ticket modérateur, de centres de santé dédiés ou encore de la réduction du panier de soins pris en charge ». La dernière mesure pourrait inclure, par exemple, l'exclusion des soins psychiatriques de l'AME (alors que de nombreux migrants présentent en raison de leur parcours des troubles de santé mental importants et mal pris en charge).

La diminution possible du budget de l’AME inquiète les associations qui déplorent déjà de nombreux cas de refus de soins. Notons en outre qu’un tel mouvement apparaîtrait paradoxal alors que la majorité a augmenté de 53 millions d’euros la dotation allouée à l’AME, en novembre dernier.  

L’Assemblée nationale avait alors été en proie à de vifs débats.

Aux critiques de ceux qui voyaient dans l’AME une « pompe aspirante » de l’immigration et/ou une injustice vis-à-vis des travailleurs qui cotisent pour leurs soins, le ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, avait répondu « à chaque fois que l’on tente de raboter quelques euros sur l’AME (…), les bénéficiaires accèdent plus lentement aux soins, arrivent bien plus malades dans les hôpitaux, ce qui, in fine, coûte beaucoup plus cher, sans compter le risque d’exposition infectieuse de la population française ».

Elle rejoignait en cela la position du Président de la République qui avait promis, durant la campagne, qu’il ne remettrait pas en cause l’AME…

Frédéric Haroche

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Vos réactions (2)

  • Des actes non pas gratuits mais non rémunérés !

    Le 05 août 2019

    Tous ceux qui en rêvent ont-ils juste un peu réfléchi au nombre important de professionnels de santé libéraux, médecins, sages-femmes, infirmiers qui prennent en charge tous ces patients et qui peuvent être rémunérés grâce à l'AME?
    Tous les enfants qui naissent sur notre territoire ont droit à l'AME dés la naissance, alors on leur supprime aussi? En France, les enfants sont protégés, on les soigne. Je rappelle que nos codes de déontologie respectifs disent bien que nous avons l'obligation de soigner quelques soient les religions, la couleur de peau, l'ethnie, le sexe, etc... A tous ceux qui en rêvent de supprimer l'AME, on travaille aussi gratuitement?

    Je suis sage-femme en retraite depuis 10 ans. je me suis mise en libéral et depuis bientôt 7 ans je ne prends en charge que des femmes migrantes ou en situation irrégulière. Beaucoup ne sont pas assurées sociales. Je fais donc beaucoup d'actes non pas gratuits mais non rémunérés! Il y a une différence! Mon bilan annuel est quasiment nul voir en déficit, il faut juste que je puisse payer mes charges. Alors merci l'AME car sans elle je ne pourrais pas financer le libéral avec ma pension!

    D Zimmermann

  • Raboter l'âme

    Le 07 août 2019

    Quand je me suis installé dans les années 80, je faisais plus de 10 % d'actes gratuits et je stockais une pharmacie entière de récupération et d’échantillons (merci l’industrie!). Rabotons la bêtise avec l’énergie du désespoir car c'est tout ce qui nous reste face à elle.

    M. Alessandri

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