VIH en France : des chiffres décevants

Paris, le jeudi 28 mars 2019 – S’inscrivant dans la lignée des déclarations d’intention chocs de ses prédécesseurs, Donald Trump a récemment affiché sa volonté de mettre fin à l’épidémie de VIH aux États-Unis dans les dix ans à venir. S’il s’agit d’un objectif ambitieux, de nombreux outils existent aujourd’hui pour l’atteindre : dispositifs de dépistage variés, traitements efficaces permettant de restreindre drastiquement la transmission, méthodes de prévention multiples allant du préservatif à la prophylaxie pré-exposition.

Une stabilité regrettable

Sans doute, d’autres pays occidentaux pourraient s’inspirer de ce volontarisme américain. Il semble en effet que la mise à disposition de médicaments efficaces n’a pas seulement conduit au relâchement de la vigilance des populations, mais également à celui de l’engagement des pouvoirs publics. Or, face au défi du Sida, une amélioration apparait non seulement possible mais également souhaitable. En effet, on assiste actuellement à une stagnation de l’épidémie, en particulier en France. Les chiffres publiés aujourd’hui par Santé publique France (SPF) rappellent ainsi que « le nombre de découvertes VIH entre 2010 et 2017 est stable ». On ne constate pas plus d’évolution en ce qui concerne les modes de contamination : sur les 6 400 personnes qui ont découvert leur séropositivité en 2017, 3 600 (56 %) ont été infectées lors d’un rapport hétérosexuel, 2 600 (41 %) lors d’un rapport homosexuel et 130 (2 %) par l’utilisation de seringues usagées. Si ce dernier cas de figure est en recul, les deux autres modes de transmission n’ont pas connu de diminution. On relèvera encore que chez les hétérosexuels, 75 % des personnes ayant découvert leur séropositivité en 2017 sont nées à l’étranger (contre 26 % chez les homosexuels).

Découverte lors du premier test dans un cas sur deux

Un élargissement de l’accès au dépistage grâce à la mise en place de différentes modalités et une sensibilisation accrue ont conduit à une évolution positive du nombre de sérologies, qui a progressé de 12 % entre 2010 et 2017. Cependant, cette tendance est loin d’être parfaitement satisfaisante quand on constate que cette augmentation n’est pas associée à une progression du nombre de sérologies positives, ce qui laisse supposer, note SPF qu’elle a « sans doute peu bénéficié aux populations les plus exposées au VIH ». De fait, même si le recours au dépistage est toujours plus fréquent chez les homosexuels, on constate néanmoins que même au sein de cette population, 33 % des homosexuels diagnostiqués en 2017 n’avaient jamais fait de tests auparavant (une proportion qui atteint 68 % chez ceux nés à l’étranger et 52 % dans la population générale). Ce défaut de dépistage contribue à des découvertes tardives, qui fragilisent la prise en charge : pour 30 % des malades le diagnostic a été porté à un stade avancé de l’infection.

Un accès au dépistage biologique sans ordonnance ?

Alors que le Sidaction, opération annuelle de collecte de fonds au profit de la recherche contre le Sida aura lieu la semaine prochaine, sans doute sera-t-il nécessaire au cours de cette manifestation d’insister sur l’importance du dépistage. En la matière, certains, tel l’épidémiologiste France Lert, présidente de l’association Vers Paris sans Sida, citée par Le Monde préconise entre autres la facilitation de l’accès au dépistage sans ordonnance (grâce éventuellement à sa prise en charge).

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article