Vitiligo de l’enfant€: que doit-on explorer€?

H. SAHEL
Université d’Alger€ – CHU Bab El Oued, Alger, Algérie

Le vitiligo est une dermatose inflammatoire chronique liée à la destruction des mélanocytes entraînant une diminution ou l’absence de la pigmentation des téguments. Chez l’enfant, il présente quelques particularités épidémiologiques et cliniques. Le problème du bilan à demander devant un vitiligo de l’enfant se pose en consultation pour tout praticien (omnipraticien, pédiatre ou dermatologue) pouvant prendre en charge cette dermatose.

Clinique

Le vitiligo se présente comme une tache achromique couleur blanc laiteux, bien circonscrite à contours convexes hyperpigmentés ou de couleur normale. Les lésions siègent avec prédilection au niveau des zones périorificielles et des proéminences osseuses. L’atteinte des muqueuses buccales et génitales (figure 1) est plus rare que chez l’adulte. L’atteinte du périnée est fréquente chez le nourrisson c’est « le napkin vitiligo » (figure 2).

L’effet des frottements et de l’irritation liés aux couches et aux soins d’hygiène sont incriminés, c’est le « phénomène de Koebner ». Les phanères peuvent être atteints touchant le cuir chevelu, réalisant une poliose. L’application des teintures chimiques des cheveux aurait été incriminée comme facteur déclenchant.

Elles doivent être ainsi évitées en cas de vitiligo du cuir chevelu.

Classification

Plusieurs classifications ont été proposées. La classification retenue (1) par le consensus international est :

1. Le vitiligo segmentaire (VS) : plus fréquent chez l’enfant que chez l’adulte. Il est généralement unilatéral ne dépassant pas la ligne médiane (figures 3 et 4). Il se présente comme une plaque achromique disposée en bande ou en segment. Le siège le plus fréquent est le visage, suivi par le tronc, le cou et les membres. L’âge de début est précoce et l’évolution, rapide au début, se stabilise ensuite en quelques mois.

2. Le vitiligo non segmentaire (VNS) : c’est la forme la plus fréquente. Il diffère du VS par un plus grand nombre de plaques, une plus grande surface cutanée atteinte, une plus grande fréquence du phénomène de Koebner et une évolution plus aiguë.

Il comporte :

– le vitiligo acrofacial (figure 5) avec atteinte distale des extrémités et périorificielle du visage ;

– le vitiligo des muqueuses (buccales et génitales) : l’atteinte peut être isolée ou faisant partie d’un vitiligo généralisé ;

– le vitiligo généralisé (vitiligo vulgaire) : il comporte plusieurs plaques achromiques disséminées au niveau de tout le tégument ;

– le vitiligo universalis : il comporte une dépigmentation totale ou quasi-totale du tégument (80 % de la surface corporelle).

Quel bilan devant un vitiligo de l'enfant ?

Le bilan à demander en cas de vitiligo de l’enfant diffère selon que le patient présente un VS ou un VNS. En effet, le VS est lié à une susceptibilité locale et de ce fait n’est pas associé à d’autres maladies auto-immunes. À l’inverse, le VNS est considéré comme une maladie auto-immune avec une production d’auto-anticorps dirigés contre les mélanocytes survenant sur un terrain génétiquement prédisposé, favorisé par des facteurs aggravants ou déclenchants de l’environnement (2). Il a été rapporté une association du VNS à de nombreuses autres maladies auto-immunes, particulièrement lorsqu’il est étendu et ancien. Il est ainsi associé à des dysthyroïdies auto-immunes (maladies de Basedow [hyperthyroïdie] et Hashimoto [hypothyroïdie]) (3,4), la dermatite atopique, le diabète de type 1, la pelade (5) , les colites ulcéreuses, le lupus érythémateux systémique, l’anémie pernicieuse(6), etc. L’association du VNS à un déficit en 25 OH vitamine D, particulièrement chez l’enfant de plus de 3 ans, prédit à un plus grand risque d’avoir d’autres maladies auto-immunes, plus particulièrement une dysthyroïdie (2) . Il n’y a pas de consensus concernant le bilan à de mander devant un vitiligo de l’enfant présentant un VNS, mais selon l’avis de nombreux experts (2), il est recommandé de demander un bilan thyroïdien (anti-Tpo, anti-Tg, TSH, T3, f T4) et le dosage de la 25 OH vitamine D. En présence d’un déficit en vitamine D, il est conseillé de compléter le bilan par une glycémie à jeun et une numération formule sanguine à la recherche d’un diabète et d’une anémie pernicieuse respectivement, ainsi que des anticorps antinucléaires (à la recherche d’un lupus érythémateux systémique), particulièrement si l’enfant est candidat à la photothérapie, car il y a un risque de phototoxicité qui peut aggraver le vitiligo. Enfin, il est nécessaire de rechercher d’autres signes cliniques pouvant orienter vers une maladie auto-immune (7,8).

Conclusion

Le vitiligo de l’enfant dans sa forme non segmentaire est considéré comme une maladie auto-immune et nécessite la recherche d’autres maladies auto-immunes qui lui sont associées.

Références

1. Ezzedine K, Lim HW, Suzuki T, Katayama I, Hamzavi I, Lan CC et al. Pigment Cell Melanoma Res 2012 ; 25(3) : E1–E13.
2. Ezzedine K, Silverberg N. Pediatrics 2016 ; 138(1) : e20154126.
3. Kakourou T, Kanaka-Gantenbein C, Papadopoulou A, Kaloumenou E, Chrousos GP. J Am Acad Dermatol 2005 ; 53 : 220-3.
4. Iacovelli P, Sinagra JL, Vidolin AP, Marenda S, Capitanio B, Leone G et al. Dermatology 2005 ; 210 : 26-30.
5. Gül U, Kiliç A, Tulunay O, Kaygusuz G. J Dermatol 2007 ; 34 : 142-5.
6. Silverberg JI, Silverberg NB. J Am Acad Dermatol 2013 ; 69(5) : 824-6.
7. Silverberg JI, Silverberg NB. Association between vitiligo and atopic disorders: a pilot study. JAMA Dermatol 2013 ; 149(8) : 983-6.
8. Silverberg NB. Recent advances in childhood vitiligo. Clin Dermatol 2014 ; 32(4) : 524-30.

Copyright © Len medical, Dermatologie pratique, décembre 2017

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Vos réactions (1)

  • Vitiligo et colle des couches

    Le 27 août 2018

    En observant plusieurs vitiligo chez les enfants et les nourrissons que je rencontre en consultation, je m'interroge quant au contact de la colle des scratchs sur la peau des bébés et leurs effets dans le développement du vitiligo.

    J'ai déjà remarqué le développement de vitiligo à l'endroit, où se fixent les couches sur les côtés droit et gauche des bébés. Des parents m'ont confié que parfois les couches pleines glissent et que la colle du scratch est directement en contact avec la peau.

    Se peut-il que la colle de l'adhésif, si contact il y a avec la peau, entraîne une dépigmentation de la peau ?

    Christine Chapuis

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