Y a-t-il un médecin à bord ?

Dans un contexte (international et français) où le trafic aérien se trouve « en perpétuelle expansion » (près de 5 milliards de passagers sont attendus dans le monde vers 2030), on peut s’interroger : quels sont les principaux problèmes médicaux venant émailler les voyages aériens ?

Réalisée de mai à août 2016, une étude recense les incidents observés à bord de vols longs courriers français (durée du vol supérieure à 6 heures), avec un critère d’exclusion (les problèmes survenus sur le tarmac, avant le décollage ou après l’atterrissage) et un critère principal d’inclusion : l’existence d’un « rapport d’incident rédigé en vol et transmis au médecin de la compagnie aérienne, quel que soit le motif » de l’incident ainsi déclaré. Quand l’équipage sollicite l’aide d’un médecin, celui-ci a l’obligation d’agir (avec les moyens du bord, c’est le cas de le dire), son action étant notamment encadrée par la convention de Tokyo[1] de 1963, signée à ce jour par 186 pays. Dans le jargon de la médecine aéronautique, le rapport d’incident est appelé CRASDAB (compte-rendu d’accident, soins et dommage à bord).

Les auteurs ont analysé 100 incidents dont les CRASDAB (renseignés par le personnel navigant) leur furent confiés par le médecin des compagnies, après anonymisation. Ces incidents ont concerné des sujets âgés de 10 mois à 95 ans, avec un âge médian de 50 ans. Les principales causes d’incidents médicaux à bord révèlent des motifs :

–cardiologiques (29 %) : malaises, précordialgies, HTA...
–traumatologiques ou apparentés (20 %) : contusions, plaies, lombalgies...
–neurologiques ou psychiatriques (13 %) : état d’agitation, confusion, convulsions...

Tous les autres motifs (douleurs abdominales, otites barotraumatiques, asthme, phénomènes allergiques...) ne représentent chacun que moins de 10 % des incidents médicaux à bord. Notons qu’un médecin se trouve par hasard à bord dans 45 % à 90 % des cas (85%, dans cette étude) et que l’appel au sol n’est que « très rarement » nécessaire (4% des cas, ici), les auteurs comparant ce pourcentage aux statistiques d’un SAMU où « dans un tiers des cas, il s’agit de simples conseils donnés par téléphone. » On constate d’ailleurs que ce contact téléphonique avec le sol permet de « réduire de 70% » le risque de déroutement de l’avion pour un impératif médical, déroutement dont l’initiative reste une prérogative du seul commandant de bord. Avec l’extension du nombre de passagers et leur vieillissement prévisibles, on peut penser qu’en cas d’incident en vol, « une meilleure information des médecins » sur les aspects généraux de la médecine aéronautique « optimiserait probablement la prise en charge à bord. »


Dr Alain Cohen

Référence
F. Brigant & M. Clerel : Les incidents à bord des vols longs courriers français : une étude observationnelle. Médecine aéronautique et spatiale, 4ème trimestre 2017 (n°220) : 145–150.

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