Zoom sur le lynchage médiatique des statines

Le Professeur E. Bruckert revient sur les mécanismes qui ont abouti au lynchage médiatique des statines et à ses conséquences. Il qualifie de “complotistes” les acteurs ayant initié le processus et évoque une structure de personnalité paranoïde. Le contexte fait intervenir 3 éléments propices.
En premier lieu, une période de crise de confiance générale et de défiance envers les médecins et l’industrie pharmaceutique : conspirationnisme médical avec cantonnement des médecins et de l’industrie pharmaceutique dans une position uniquement mercantile.
Par ailleurs, l’ampleur du phenomène a été proportionnelle au sujet : le cholestérol concerne tout le monde ! Les statines, traitement « miracle » avec de grandes études d’efficacité à fort niveau de preuves permettent une diminution notable de la mortalité cardiovasculaire chez les sujets à risque et occupent dans les années 2010 la première place en volume de prescription.
Enfin, le mode de propagation fulgurant de l’information par les médias et les relais sociaux a joué un role important avec des dérives médiatiques où la notion de « scoop à tout prix » prime sur les investigations journalistiques sérieuses. Un exemple édifiant de leurre : cette étude factice créée de toutes pièces par un journaliste scientifique du MIT et reprise bruyamment par le monde de l’information sans aucune verification : le chocolat fait maigrir ! On assiste dans ce domaine à une perte de conscience professionnelle, au dépend de la nécessité de faire le buzz, avec la toute puissance des médias par absence de sanction à valider de fausses informations dangereuses.

On ne peut nier quelques failles au niveau des médecins : possibles abus de prescription des statines quel que soit le niveau de cholestérol, manque d’écoute et d’empathie devant les effets secondaires, manque de cohésion et d’éthique entre médecins, qui ont pu fragilisé la confiance du patient par ailleurs exigeant avec le concept de “disutility” : pas de perception d’un bénéfice médical suffisant et immédiat en regard de l’astreinte d’un traitement à vie en particulier dans le cadre de la prévention primaire. Les médecines parallèles dites naturelles proposent alors des alternatives plus séduisantes.

Malheureusement, cette campagne médiatique a été désastreuse et a conduit à l’arrêt intempestif de traitements vitaux pour un grand nombre de patients à haut risque entrainant 8 000 morts en France par accident vasculaire.
 
Les recommandations du Pr Bruckert : “expliquer, convaincre, accompagner avec empathie et persévérer.”
 

Dr Caroline Pichard

Référence
Bruckert E : Fake news en endocrinologie: exemple des statines. 39es Journées Nicolas Guéritée (Paris) : 22- 23 novembre 2019.

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Vos réactions (2)

  • Statine tontine

    Le 15 janvier 2020

    La lutte contre l’hypercholestérolémie et l’hypertension artérielle est une création et une mise en conditions de prescrire exemplaires de l’industrie pharmaceutique.
    Celà ne veut pas dire que c’est faux (fake news) mais ce n’est pas tout à fait juste.

    Quelle étude à long terme pourrait prouver qu’il est indispensable chez un patient qui a eu un AVC de prescrire une statine et un anti HTA plutôt que de l’aspirine ?

    Il faudrait des années, des milliers de patients !
    L’industrie pharmaceutique fonctionne par insinuations, doutes, paris sur l’avenir, un peu comme celui de Pascal : il vaut mieux avoir la foi, on ne sait jamais...
    Tant pis!
    What ever works! Si çà marche !

    P. Eck

  • Liens d'intérêt ?

    Le 16 janvier 2020

    Juste une question: les méta-analyses qui concluent à l'absence d'utilité des statines en prévention cardio-vasculaire primaire sont-elles des "fake-news"?
    Et celles qui concluent à une efficacité au mieux modeste après l'infarctus sont-elles à jeter aux orties?
    Le Pr Bruckert pourrait-il nous préciser quels sont ses liens d'intérêt avec les laboratoires?

    Dr Jean-Jacques Perret

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